Comment donner de la consistance à vos personnages AVANT D’ÉCRIRE

Bizarre ça, cette idée de donner de la consistance à vos personnages avant d’écrire. C’est pas en écrivant, justement, que les personnages prennent vie ?
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Nicolas Parisi
Nicolas Parisi
Cofondateur du Club, auteur de nouvelles parues dans diverses revues, je m’intéresse particulièrement à la stylistique et ses applications pratiques à l’écriture. En lire plus

Comment donner de la consistance à vos personnages AVANT D’ÉCRIRE

Bizarre ça, cette idée de donner de la consistance à vos personnages avant d’écrire. C’est pas en écrivant, justement, que les personnages prennent vie ?
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Bizarre ça, cette idée de donner de la consistance à vos personnages avant d’écrire. C’est pas en écrivant, justement, que les personnages prennent vie ?
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Alors, c’est bizarre de vouloir donner de la consistance à vos personnages avant d’écrire ?

 

Oui et non. Aux yeux du lecteur, oui puisque pour lui, les personnages prennent vie à la lecture. Mais si votre personnage est pas déjà vivant, en vous, au moment où vous écrivez, il y a un risque non négligeable pour qu’il finisse par laisser le lecteur indifférent.

 

Comment on fait, alors, pour que nos personnages ne laissent pas le lecteur indifférent ?

 

Faire une fiche de personnage c’est pas mal. Mais c’est pas la fiche en elle-même qui est importante, c’est le processus de complétion de cette fiche qui permet de bien s’approprier un personnage. Du coup, on va pas vous proposer un modèle de fiche à remplir.

 

Plutôt, on vous propose une série d’exercices à réaliser avec votre personnage pour qu’à la fin, avant même que vous ne commenciez la rédaction, ce dernier possède déjà la consistance d’une personne à part entière dans votre esprit.

 

Et puis, ça vous permettra aussi de ne pas avoir à trop vous creuser la tête pour savoir comment doit réagir votre personnage face à telle ou telle situation qui pourrait lui arriver dans votre roman : vous le connaîtrez tellement bien que vous saurez naturellement comment il réagit.

 

Allez, on commence par la première étape :

#1 Visualiser votre personnage

Normalement, cet article concerne les personnages dont vous avez déjà une vague idée, mais que vous souhaitez étoffer. Concrètement, on va pas apprendre à faire surgir dans votre tête un personnage ex nihilo (ça fera sûrement l’objet d’un autre article).

 

Donc, dans le cas présent, vous avez déjà une vague idée de qui est le personnage : son nom, son âge, certaines caractéristiques, les grandes lignes de son histoire et de comment il s’intègre dans votre roman.


Pour l’exemple (et parce que ça sera plus pratique que de le nommer « le personnage » pour le reste de l’article), on va l’appeler Paul.

 

Bref, fermez les yeux et représentez-vous Paul. Notez, pourquoi pas, ce qui vous apparaît. Voilà, la première étape est accomplie : vous avez une première image de votre personnage : Paul.

 

Maintenant, on va voir comment donner de la matière à Paul.

#2 Les actions de Paul

Vous avez déjà remarqué comment on a tendance à juger les autres sur leurs actions et nous-mêmes, non pas sur nos actions, mais sur nos intentions ?

 

On va un peu suivre ce process. À cette étape du développement de votre personnage, il est encore un étranger. On va donc le juger sur ses actions.

 

L’exercice prend cette forme :

  • notez cinq bonnes actions que Paul aurait pu faire
  • notez cinq mauvaises actions que Paul aurait pu faire
  • notez cinq habitudes que Paul pourrait avoir

 

Alors on va un peu préciser les choses. L’objectif ici en ce qui concerne les bonnes et les mauvaises actions, c’est de trouver des choses qui sont pas incroyablement déterminantes comme « Paul est parvenu à stopper la faim dans le monde » ou « Paul a tué sa grand-mère à coup de pelle ». Ça, c’est le genre de truc tellement gros que ça doit déjà être dans votre tête au moment où vous visualisez votre personnage.


Non, ici on parle plutôt de « Paul a aidé une mamie à traverser la route » ou « Paul a jeté son mégot de cigarette par terre lorsque personne ne regardait ».

 

En ce qui concerne les habitudes, on va aller chercher du côté des tics ou gestes familiers. Par exemple « Paul se racle la gorge avant de parler en public » ; « Paul a la paupière qui tressaute lorsqu’il réfléchit » ; « Paul fait souvent craquer ses jointures »… etc.

 

Que ce soit pour les bonnes, les mauvaises actions et les traits caractéristiques, n’hésitez pas à vous inspirer de vous-même et de vos proches. L’objectif, c’est d’en trouver cinq de chaque, qu’ils correspondent à Paul ou pas.

 

Parce qu’on arrive maintenant au moment où on affine le personnage : parmi toutes les actions que vous venez de lister, n’en retenez que deux pour chaque catégories. Vous avez visualisé Paul, il ne vous reste plus qu’à sélectionner, parmi tous les actes que vous avez trouvés, ceux que le Paul que vous visualisez pourrait, ou aurait pu, faire.

 

Une fois que c’est fait, on passe à la suite :

#4 L'entretien

Le moment est venu, pour vous, de rencontrer Paul. Il commence à apparaître comme une personne, mais c’est encore un peu un étranger. À la limite, une connaissance. Vous prenez RDV avec lui et, avant d’aller le rencontrer, notez-vous dix questions que vous allez lui poser.


Ces questions peuvent être aussi badines que profondes : « C’est quoi ton plat préféré » et « est-ce que tu crois que Dieu est mort ? ». Vous commencez à apercevoir qui est Paul, vous vous en êtes dressé le portrait. Maintenant, il s’agit de découvrir qui il est. Posez-lui toutes les questions que vous auriez envie de poser à une personne similaire dans la vraie vie !

 

Vous pouvez faire ça dans votre tête ou à l’écrit (ça fait un bon exercice), mais l’important c’est, non pas de dresser le portrait le plus exhaustif possible de Paul, mais qu’il vous apparaisse de plus en plus réel, de plus en plus proche de vous.

#5 Le retour d'entretien

Eh oui ! Si l’objectif est de faire en sorte que Paul ne soit pas juste votre création, mais une personne qui vous semble réelle, alors il est normal que lui aussi vous pose des questions. Et c’est là que ça devient intéressant. Même si votre personnage peut être une partie de vous, il faut qu’il soit un être indépendant : il peut ne pas être d’accord avec vous, voire même vous juger !

 

Alors, imaginez qu’il vous pose chacune des questions que vous lui avez précédemment posées et répondez-y le plus sincèrement possible. Pour chacune de vos réponses, imaginez ses réactions.

 

C’est très important car le fait de parler de soi, de répondre à des questions qui nous concernent, c’est un acte conscient : on réfléchit à nos réponses. Mais maintenant, Paul devrait apparaître suffisamment clairement dans votre tête pour que vous puissiez imaginer ses réactions inconscientes.


On parle de quoi là ? Par exemple : si à la question quel est votre roman préféré, vous répondez À la Recherche du temps perdu, mais qu’en entendant votre réponse, Paul hausse un sourcil dubitatif en se disant que vous êtes un peu snob, ça en dit plus long sur lui que lorsqu’il vous a appris que son roman préféré était Le Petit Prince.


Ces réactions inconscientes sont beaucoup plus indicatives que les actions.

 

Et voilà, maintenant Paul est une personne dans votre tête. Il ne reste plus qu’à commencer à le connaître intimement.

#6 Entretien et retour d'entretien dans la jeunesse de Paul

L’objectif maintenant, c’est de vous entretenir avec Paul, mais il y a dix, cinq ou deux ans. Représentez-vous cette personne, ce jeune Paul, et ce qui s’est passé durant ces années. Les vices et les vertus dont on a parlé, est-ce qu’ils étaient déjà présents à ce moment-là ou est-ce qu’ils sont apparus plus tard, et, dans ce cas-là, à la suite de quoi ?


Peut-être qu’au retour d’entretien avec un Paul de vingt ans, lorsque vous lui apprendrez que votre roman préféré est À la Recherche du temps perdu, cette fois il sera impressionné et haussera un sourcil non pas dubitatif, mais plein d’appréciation. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que s’est-il passé entre cet entretien et l’autre ?
C’est de répondre à ces questions-là qui vous fera vraiment rentrer dans l’intimité de Paul.

#7 Paul VS Le reste du monde

On arrive à la fin. Vous connaissez aussi bien Paul qu’un stalker qui espionne la même personne depuis 10 ans. Vous pouvez vous arrêter ici, mais si vous voulez vraiment aller au bout de l’exercice, il reste une petite chose à faire. Cette chose vous permettra, en plus de connaître intimement Paul, de comprendre comment il perçoit le monde et comment le monde le perçoit.

 

L’objectif ça va être d’écrire deux paragraphes. Dans le premier, vous écrirez une scène banale du point de vue de Paul (en l’utilisant comme narrateur) dans laquelle il va, par exemple, commander un café en terrasse (ou n’importe quoi d’autre que Paul serait susceptible de faire d’après ce que vous savez de lui). Pas besoin d’écrire des tonnes, simplement assez pour voir le monde au travers de ses yeux.


Le second paragraphe, vous raconterez la même scène mais du point de vue de quelqu’un d’autre (le serveur du café par exemple dans le cas de notre exemple) et détaillerez comment il perçoit cet inconnu qu’est Paul.

 

Et voilà, vous êtes arrivé au bout de cette série d’exercice permettant de donner une âme à un personnage. Paul a maintenant de la consistance, tellement que lorsqu’il bouge dans votre esprit, il a un impact sur le monde autour de lui.

Conclusion

Cette série d’exercices est une technique que vous n’êtes absolument pas obligés de suivre pour que vos personnages aient de la consistance. D’ailleurs, si vous utilisez une autre technique, n’hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires. Mais si vous avez l’impression que vos personnages manquent un peu de matière, ou si vous remarquez que vos lecteurs tests n’accrochent pas trop à ces derniers, tentez cette technique !


Ça vous permettra d’attaquer l’écriture avec confiance et, inconsciemment, dans la façon dont vos phrases seront tournées, vos personnages éclateront la page pour exister pleinement dans l’esprit de vos lecteurs.

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