Logo Lufthunger Club Header

Comment utiliser le portrait d’un personnage ?

Un portrait, c’est une description. Très bien. Mais ne sert-il réellement qu’à décrire un personnage ? N’y a-t-il pas d’autres utilités au portrait ? Parce qu’on est sympa, on vous a fait un article sur la question. De rien !
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

Comment utiliser le portrait d’un personnage ?

Un portrait, c’est une description. Très bien. Mais ne sert-il réellement qu’à décrire un personnage ? N’y a-t-il pas d’autres utilités au portrait ? Parce qu’on est sympa, on vous a fait un article sur la question. De rien !

Comment utiliser le portrait d’un personnage ?

Un portrait, c’est une description. Très bien. Mais ne sert-il réellement qu’à décrire un personnage ? N’y a-t-il pas d’autres utilités au portrait ? Parce qu’on est sympa, on vous a fait un article sur la question. De rien !
Un homme faisant le portrait d'un personnage

Le portrait sert à dépeindre l’identité d’un personnage et permet au lecteur tant de différencier les personnages que de les relier. Nous avons vu cela dans notre précédent article sur les portraits. Ceci étant dit, une nouvelle question se pose : comment utiliser le portrait de son personnage ?

Nous avions déjà évoqué la question au travers des effets qui découlaient de la taille d’un portrait, et je compte bien en faire le tour dans cet article.

Aujourd’hui, nous allons discuter des différentes utilités du portrait ainsi que des méthodes qui existent pour les mettre en place.

Le rôle de l'émetteur du portrait.

La première modalité d’utilisation d’un portrait réside dans le choix de son émetteur. Y a-t-il une réelle importance dans le choix de cet émetteur et, le cas échéant, quelles conséquences ce choix implique-t-il pour le portrait qui est dressé ?

Le narrateur et l'illusion d'objectivité

Attention, le narrateur dont nous allons parler ici est un narrateur majoritairement objectif. D’un point de vue strict, un narrateur ne peut-être objectif puisqu’il ne narre que ce que vous désirez du roman. De ce fait, l’objectivité du narrateur, qui est presque un reflet de la voix de l’auteur, peut-être discutée. Certains narrateurs restent néanmoins plus objectifs que d’autres.

Prenons un narrateur en focalisation interne et un autre en focalisation zéro : les portraits qui seront dressés par le second paraîtront immédiatement plus objectifs pour le lecteur.

Les portraits que dépeignent ces narrateurs (de focalisation externe ou zéro) sont plus naturellement acceptés comme vrais et absolus. Cela s’explique par l’illusion d’objectivité (ou de neutralité) que renvoient ces narrateurs.

Souvenez-vous des exemples de l’article précédent. La position du narrateur y était celle qui nous intéresse ici : extérieur à l’action et majoritairement objectif. Les informations transmises à propos d’Irène auraient été acceptées comme vraies s’il s’était agit d’un roman et non d’un article.

Cela peut paraître évident dit comme cela, mais les portraits dépeints par le narrateur extérieur ou omniscient sont perçus comme absolus par un lecteur. Cette objectivité se mêle d’ailleurs très bien avec les portraits qui portent principalement sur l’identité physique d’un personnage. La caractérisation ainsi faite du personnage n’en sera que renforcée. Ce renforcement dans l’identité du personnage peut néanmoins être dangereux. Il pourra en effet être complexe de revenir sur les informations que vous aurez données sur le personnage, puisqu’elles profiteront d’une valeur de quasi-absolu.

Lorsque nous disions d’Irène que « Dans son pas rapide et assuré transparaissait une fierté qu’elle avait acquise avec les années. Elle n’était plus l’adolescente qu’ils avaient connue et elle le leur prouvait », l’image qui ressort est celle de l’évolution d’une personne qui a surmonté sa timidité et son manque de confiance en elle. C’est donc un ensemble assez positif qui restera dans l’esprit de votre lecteur. Si vous remplacez simplement « fierté » par « orgueil », alors l’image d’Irène, sera plus terne, et il pourra être compliqué de redresser cet aspect de votre personnage. Un bon moyen de ne pas enfermer un personnage dans les déclarations du narrateur est d’utiliser des termes qui viendront moduler les idées imposées (verbes impersonnels, déterminants et pronoms n’étant pas définis). La phrase « Dans son pas rapide et assuré semblait transparaître un orgueil qu’elle avait acquis avec les années » n’enferme ainsi plus Irène dans ce trait de caractère, mais le laisse supposer.

Je vous rassure, si un portrait dressé par le narrateur s’accorde très bien avec l’identité physique, il existe un espace dans votre roman qui est absolument parfait pour décrire la psyché de vos personnages : les pensées.

Les pensées du personnage et la pure subjectivité

Dresser le portrait d’un personnage par le biais des pensées d’un autre (ou de lui-même) est un exercice intéressant en ce que le portrait sera soumis à toute la subjectivité de celui qui l’émet. Lorsque les pensées d’un personnage sont retranscrites, c’est un peu comme s’il se parlait à lui-même (d’ailleurs, si vous n’êtes pas bien au point sur la retranscription des pensées, je vous laisse consulter l’article que Nicolas a écrit sur la question). Il devient un commentateur et les seules instances qui aient accès à ses commentaires sont le narrateur (à condition qu’il soit omniscient) et votre lecteur.Cette situation d’intimité absolue apporte deux nouvelles utilités au portrait.

→ Commenter indirectement l’émetteur du portrait. Est-ce que vous avez déjà vécu cette situation lors de laquelle vous en apprenez plus sur la personne qui vous parle que sur celle dont elle vous parle ? Vous réalisez que votre interlocuteur complexe sur tel ou tel point, que c’est un idéaliste, un désespéré, qu’il porte en horreur un trait de caractère, etc.

Il en va de même pour vos lecteurs lorsqu’ils lisent un portrait issu des pensées d’un personnage. Ils apprendront bien entendu des choses sur le personnage qui est l’objet du portrait… Mais il serait dommage de passer à côté de cette occasion d’en apprendre encore plus sur le commentateur (si je puis me permettre le terme).

Nous le disions un peu plus tôt : les pensées d’un personnage représentent le coeur même de sa subjectivité. C’est LE moment où vous pouvez montrer sincèrement ce qu’il est, ce qu’il pense, dans une situation où il n’a pas à craindre le regard de qui que ce soit (à moins que l’un de vos personnages ne soit télépathe, mais c’est une autre question).

Reprenons l’exemple précédent et imaginons qu’il sorte des pensées d’Isabelle, qui était copine avec Irène lorsqu’elles étaient au lycée ensemble. Cela pourrait donner quelque chose comme : « Ce pas rapide, assuré… Je vois bien que tu n’as plus rien à nous prouver Irène, tu transpires cette fierté dont l’absence te blessait tant. » Si la phrase nous donne exactement les mêmes informations que l’exemple précédent, sa tonalité nous montre l’affection qu’Isabelle portait à Irène.

L’exemple que je viens de formuler donne un commentaire positif sur sa source, mais il est assez simple d’en imaginer un plus dépréciatif. Quelque chose comme « Regarde-toi Irène. Regarde-toi marcher d’un pas vif, assuré… Tu les trompes peut-être avec cette pseudo-fierté, mais moi je me souviens d’à quel point tu étais ridicule à l’époque, presque minable. » Dans cette situation, on peut tout à fait imaginer que le personnage qui pense cela n’a jamais apprécié Irène et n’accepte pas son évolution, voire qu’il jalouse cette évolution et surtout les conséquences qu’elle entraîne.

La subjectivité inhérente aux pensées d’un personnage vous donne l’occasion de jouer sur les informations que vous y transmettez à votre lecteur, de les moduler à un point qui me semble inaccessible pour un narrateur extérieur ou de focalisation zéro. Faites-le !

→ Complexifier la perception du personnage. Avez-vous déjà eu l’occasion d’entendre quelqu’un vous parler d’une personne que vous connaissiez déjà ? Si vous avez prêté l’oreille, et que cet avis n’était pas nécessairement le vôtre à la base, vous avez probablement découvert de nouveaux aspects de cette personne. Vous avez appris ce qu’elle pouvait représenter aux yeux des autres et, en toute logique, cette personne y a gagné en profondeur.

Le portrait issu des pensées d’un personnage peut typiquement servir à complexifier et approfondir la réalité de votre personnage. Souvenez-vous, nous disions dans le précédent article que le portrait mental servait notamment à tisser des liens entre vos personnages. Cette toile ne sera que renforcée si vous utilisez non pas le narrateur, mais des personnages pour ce genre de portraits.

Nous disions dans l’un de nos exemples qu’Irène avait « la peau pâle et l’humour ravageur ». Au vu de la connotation assez neutre/positive de cette association, il serait tout à fait logique de la glisser dans les dires de votre narrateur. Imaginez maintenant que, quelques pages plus loin, après qu’Irène a fait une blague, vous transcriviez les pensées de Dylan et qu’elles donnent quelque chose comme « L’humour d’Irène, toujours l’humour d’Irène… Encore et toujours, même lorsqu’il s’agit d’être sérieux. » Eh bien vous complétez l’information première : l’humour d’Irène est, certes, ravageur, mais il n’est pas toujours à propos. Couplez ce mini-portrait à un autre qui abonde en son sens et vous rendrez l’humour d’Irène intrusif. Opposez-lui les pensées d’un autre personnage qui, lui, apprécie l’humour d’Irène, et vous offrez à la jeune femme une légèreté qui n’est pas toujours appréciée.

L'échange entre plusieurs personnages

Les médiums que nous avons vus jusqu’à présent ne proposaient que des portraits fermés, au sens où une seule entité (narrateur ou personnage) s’exprimait et qu’aucune autre n’avait accès aux informations données (à l’exception faite du narrateur, bien entendu).

Un dernier médium existe, vous vous en doutez. Il s’agit de dresser le portrait d’un personnage par le dialogue et donc de confronter deux subjectivités, voire plus. Cette méthode est très intéressante à mon sens, car elle permet tant de dresser le portrait d’un personnage, que de l’approfondir et de commenter les personnages qui échangent.

Cette utilisation du portrait sollicite l’ensemble des instances de votre roman : les personnages, puisqu’ils discutent, et le narrateur, puisqu’il viendra étayer la conversation à travers le ton, l’attitude ou encore les gestes pour permettre au lecteur de bien saisir ce qui se joue. Vos personnages peuvent tout à fait mentir lors de ce genre d’échange, et c’est au rôle de la narration de le faire comprendre à vos lecteurs (si vous le désirez bien entendu).

On peut diviser ces échanges en deux grandes catégories, que nous allons bien entendu aborder.

L'accord entre les interlocuteurs

Il s’agit du cas le plus simple à mon avis : les personnages qui discutent sont tout à fait d’accord sur le personnage dont ils parlent (cet avis peut-être positif comme négatif). Dans cette situation, les deux personnages auront tendance à s’entraîner l’un l’autre dans le sens de la conversation. Les échanges seront de plus en plus forts et affirmatifs et ont verra rapidement toute sorte de superlatifs. Il sera d’ailleurs intéressant de faire émerger une connivence entre les personnages qui parlent.

Imaginons qu’Isabelle et André parlent d’Irène tandis qu’elle est dans une autre pièce :

— Tu as vu comme elle a changé depuis le lycée ? demanda Isabelle.

— Carrément ! Ça crève les yeux qu’elle s’est épanouie ces dernières années.

— Ah ! Ça me fait plaisir de ne pas être la seule à avoir remarqué qu’elle est enfin sortie de son cocon.

Bien entendu qu’il l’avait remarqué. Un immense sourire aux lèvres, André rappela à son amie ce regard fuyant qui caractérisait tant Irène à l’époque. Il ajouta, presque en riant, qu’elle n’était définitivement plus la pauvre copine à qui l’on coupait la parole.

— C’est vraiment beau de la voir comme ça, conclut Isabelle en remarquant Irène qui s’approchait.

— Oui, elle le mérite.

Bon, l’exemple est absolument bateau, vous m’en excuserez. L’échange est assez court, mais il permet d’en apprendre plus sur Irène (son épanouissement) comme sur Isabelle et André (qui sont heureux de voir leur amie changée). La narration (au travers de l’immense sourire par exemple, ou encore du rire) laisse entendre l’honnêteté inhérente à cet échange, mais aussi qu’Irène n’aime peut-être pas que l’on parle d’elle (puisqu’ils arrêtent de parler d’elle à son approche).

Ces portraits permettent de renforcer la véracité des informations qu’ils portent. Si plusieurs personnages sont d’accord sur un point, alors il y a de plus grandes chances que ce dernier soit vrai. Ils sont d’ailleurs très appropriés pour les personnages qui bénéficient d’une certaine notoriété dans votre roman. Il est tout à fait logique que vos personnages fassent montre d’une certaine entente au sujet de leur leader, du bon copain ou a contrario d’un personnage qu’ils ne peuvent pas voir, même en peinture.

Le portrait disputé

Vous vous en doutiez, si les personnages peuvent être d’accord, ils peuvent également se disputer. La dispute explore pleinement la complexification du personnage dont vous désirez dresser le portrait. Le désaccord peut avoir différents degrés, bien entendu, mais il en apprendra à votre lecteur tant sur les acteurs que sur le sujet de leur dispute.

C’est bien entendu la mesure du désaccord qui conditionnera la violence des échanges et la fracture qu’ils causeront peut-être entre vos personnages. Imaginons qu’Irène se soit sentie mal à un moment de la soirée parce qu’elle avait trop bu et que tandis que certains s’inquiètent, Léa dise :

— Rhô, mais ça va, vous voyez pas qu’elle fait juste son intéressante ? Ça a toujours été comme ça avec Irène… Dès qu’elle perd un peu trop l’attention ou qu’elle se sent seule, elle fait une connerie pour qu’on aille la rassurer sur son importance dans le groupe, sur le fait que c’est un humain qui en vaut la peine et…

Isabelle fronçait les sourcils d’agacement à mesure que Léa déroulait ses jérémiades. Elle était vraiment entrain de faire ça ? Maintenant ? Après tant d’années ? Elle se tourna et vit la colère qui marquait le visage d’André.

— T’en as pas marre…

— Tu vas pas t’y mettre M. Chevalier blanc, hein ?

Ils se tournèrent vers Dylan, qui toisait André avec mépris. Il finit son verre avant de reprendre.

— On peut jamais rien dire sur Irène avec vous deux… On sait bien qu’elle est sacro-sainte à vos yeux. Surtout les tiens, pas vrai André ? Après tant d’années, tu la regardes encore comme un chien devant une saucisse… M’enfin, c’est pas étonnant vu que t’es le seul à pas lui être passé dessus.

— T’es sérieux Dylan ?

L’intervention d’Isabelle soulagea André d’un poids. Il n’osait jamais répondre à Dylan lorsqu’il s’agissait d’Irène, tout le monde le savait.

— Tu sors vraiment cette carte-là alors qu’on sait tous que tu as allègrement profité de son manque de confiance en elle lorsque tu n’avais pas de vraie copine ? Tu fais vraiment ça ?

Encore une fois, l’exemple n’est pas fou, mais on a une réelle opposition : Léa et Dylan contre Isabelle et André. On y apprend que le manque de confiance d’Irène faisait d’elle une proie facile à l’époque et qu’il était même perçu comme un désir constant d’attention. Il est clairement mis en avant qu’Isabelle et André ont toujours été du côté d’Irène tout en soulevant l’ambiguïté qui existait dans les sentiments d’André. Cet exemple particulier sert plus à commenter ceux qui parlent d’Irène qu’à complexifier son image, à mon sens.

Il sera d’ailleurs bon de noter qu’il n’est pas nécessaire que les groupes qui se disputent soient équilibrés. Il peut même être beaucoup plus intéressant de créer un déséquilibre marqué pour montrer l’inégalité des perceptions. Un groupe moins nombreux pourra ainsi être marginalisé par un lecteur qui estime leur avis complètement hors propos. Le contraire est également possible : prouver que le groupe le moins nombreux a raison dans le fond, les valorisera pour leur perspicacité, par exemple.

Les portraits « conversés » peuvent d’ailleurs vous permettre de dynamiser ce que nous avons appelé les portraits exhaustifs dans le précédent article sur les portraits… La rythmique de la conversation, les désaccords, les nuances apportés au discours d’un personnage par les autres permettent en effet de transmettre une masse d’information sans la rendre imbuvable à votre lecteur. Et si vous voulez rendre vos dialogues encore moins imbuvables, allez faire un tour sur l’article que Nicolas a écrit sur la méthode pour écrire de bons dialogues (article qui m’a personnellement filé un sacré coup de main) !

Transcrire l'évolution d'un personnage

Une autre utilisation du portrait consiste à l’utiliser pour transcrire l’évolution d’un personnage. Il s’agit là de le comparer à ce qu’il était avant et donc de montrer combien il a changé, en bien comme en mal.

Ces portraits de l’évolution peuvent être portés par chacun des médiums dont nous avons parlé jusqu’à présent et ainsi amener différentes valeurs à l’évolution. Le narrateur la rendra absolue et vraie, les personnages pourront la nuancer et la commenter tant dans l’intimité de leur pensée qu’à travers une discussion plus ou moins houleuse.

L’évolution dépeinte peut concerner deux natures de changement, et c’est le point qui nous intéresse le plus ici.

L'évolution a eu lieu avant le roman

Ce cas est basiquement celui que nous utilisons depuis le début de l’article: Irène n’est plus une jeune femme timide.

Ces évolutions ont pour utilité d’inscrire votre personnage dans un continuum qui dépasse le récit de votre roman. Elles humanisent en quelque sorte vos personnages en lui offrant une existence préalable. Ils ne sont pas nés au début du roman.

Nous avons principalement évoqué des cas où l’évolution est portée par une instance extérieure au personnage, mais il est également tout à fait possible que le personnage la remarque par lui-même.

Imaginons qu’Irène discute avec ses anciens copains et qu’au détour de la conversation, elle réalise que : « Ils l’écoutaient. Ils l’écoutaient elle ! La petite Irène toujours en retrait était maintenant sous les feux des projecteurs et aucun n’osait la pousser au dehors de la lumière. Quand était-ce arrivé ? À quel moment de sa vie avait-elle acquis la présence nécessaire pour que cette bande de caractères bien trempés s’arrête plus longtemps que pour trois de ses mots ? »

Cette rapide introspection nous montre l’évolution de personnage, mais aussi la surprise qu’elle génère chez Irène. L’effet généré par ces évolutions sur le personnage est le coeur de cette méthode et pourra sous-entendre soit de la satisfaction, soit un désir d’évoluer plus ou dans une autre direction.

Le changement a lieu durant le roman

Souvenez-vous des arcs transformationnels dont nous parlions dans un précédent article, cet ensemble d’évènements qui amène un personnage à changer en profondeur. Eh bien un bon vieux portrait peut être le point d’orgue qui manifeste l’évolution vécue par le personnage.

Si le narrateur peut tout à fait porter ces portraits, il me semble bien plus intéressant de les soumettre à la subjectivité d’un autre personnage. Le fait qu’un personnage soulève le changement qui s’est opéré chez un autre (ou lui-même) rendra la métamorphose constatée bien plus poignante, en ce qu’elle ne sera pas placardée par le narrateur. Ce dernier pourra avoir un rôle de reprise du constat, et donc de confirmation, mais il me semble moins à propos de lui laisser l’amorce du constat.

Reprenons Dylan et André. Imaginons que vous poussiez André à laisser derrière lui ses sentiments pour Irène. La jeune femme fait quelque chose qui irrite André et ce dernier s’énerve sincèrement contre elle. Si c’est Dylan qui pense « Il ne l’aimait plus… Cet abruti de M. Chevalier blanc avait enfin commencé à tracer sa propre voie, et en dehors de l’influence d’Irène qui plus est ! Bien joué, André, tu deviens une personne à part entière. » alors la puissance du changement n’en sera que plus forte, d’autant plus si vous faites de Dylan le tortionnaire d’André.

Ces portraits, qui transcrivent un changement interne au roman, peuvent acquérir encore plus de force s’ils sont construits en miroir d’un portrait dressé beaucoup plus tôt dans le roman. Dans notre cas, c’est l’opposition entre ce qu’a dit Dylan et ce qu’il pense désormais qui renforce cet effet de miroir et, en quelque sorte, crée des bornes de début et de fin pour l’arc de développement d’André.

Pour conclure ?

Si le portrait sert de prime abord à dresser l’identité du personnage qui en fait l’objet, ses utilités ne limitent pas là. L’émetteur du portrait a un rôle prépondérant dans la fonction de ce dernier. Un portrait émis par le narrateur extérieur ou omniscient teintera les informations d’une valeur d’absolu qu’il sera peut-être difficile de contrer, tandis qu’un portrait émis par un personnage pourra avoir comme utilité première de le dépeindre lui et non l’objet du portrait. Les portraits « discutés » quant à eux pourront tant confirmer une information donnée que complexifier l’image que renvoie votre personnage dans le roman.

Bien entendu, si les portraits servent généralement à décrire un personnage à un instant T, ils peuvent également servir à transcrire son évolution, à le comparer à ce qu’il était avant ou au début du roman. Dans un cas comme dans l’autre, il est plus intéressant de laisser à un personnage l’occasion d’amorcer ces portraits-là, avant d’éventuellement laisser la suite à votre narrateur.

Ça y est, il me semble avoir fait le tour de la question des portraits. N’hésitez pas à commenter si vous avez l’impression que j’ai loupé l’une des utilités du portrait, ou tout simplement pour en discuter !

Pour aller plus loin :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Jetez un oeil à nos

Autres articles