Dynamiser son récit #1

Tout récit nécessite un minimum de dynamisme... Et devinez quoi : un chapitre, un paragraphe ou même une phrase peuvent le faire !
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Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

Dynamiser son récit #1

Tout récit nécessite un minimum de dynamisme... Et devinez quoi : un chapitre, un paragraphe ou même une phrase peuvent le faire !
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Dynamiser son récit #1

Tout récit nécessite un minimum de dynamisme... Et devinez quoi : un chapitre, un paragraphe ou même une phrase peuvent le faire !
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un homme plein de dynamisme

Je vais vous raconter une blague et, contrairement à celle de Nicolas il y a deux semaines, ça n’est pas un moyen d’illustrer mon article !

Cette blague commence lorsque j’ai commencé à réfléchir aux sujets possibles de cet article. Mon choix s’est vite porté sur « le dynamisme dans un récit », en ce qu’il s’agit d’un thème central à toute forme d’écriture créative !

J’ai donc dressé une liste, me suis dit qu’un article un peu long serait largement suffisant… J’avais tort et, même maintenant, alors que je rédige cette introduction, je me rends compte du grand nombre d’outils qui existent pour dynamiser un récit : entre les phrases, les paragraphes, les figures de style, le suspens, les discours rapportés, etc.

Vous l’avez sûrement compris : on s’embarque dans une série d’articles pour faire le point, et tout l’équipage vous souhaite une bonne traversée !

Pourquoi dynamiser son récit ?

C’est là le premier point à traiter et il ne s’agit pas d’un outil : pourquoi faut-il dynamiser son récit ? Pourquoi se prendre la tête à créer des rythmes et à les assembler de manière plus ou moins alambiquée ?

Imaginez un fleuve qui relie deux villes. La première ville s’appelle « Situation initiale » et la deuxième « Situation finale ». Sur ce fleuve traverse un navire qui s’appelle « Titre de votre roman » et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le lecteur n’est pas un passager de ce navire, mais un spectateur très impliqué.

La différence entre les deux est assez simple : un lecteur, si impliqué puisse-t-il être, n’a pas d’influence – directe ou indirecte – sur l’action (sauf si l’on se trouve dans un roman dont vous êtes le héros). Il peut la comprendre d’une certaine manière, l’interpréter, mais pas avoir d’incidence sur elle.

C’est pour cela, parce que le lecteur est bloqué dans une certaine forme de passivité, qu’il est important, voire parfois nécessaire, de travailler son récit pour y créer une dynamique. Cette dynamique, qui est un ensemble d’accélération, de ralentissement, de questions sans réponses, etc. vous permettra d’améliorer l’expérience que vos lecteurs auront avec votre récit.

Bon, comme d’habitude, les outils que nous allons voir dans cette série d’articles sont à utiliser à bon escient (et donc dans les bonnes conditions) ! On s’y met ?

#1. Les phrases et leur rythme inhérent.

La phrase est le plus petit élément où le dynamisme d’un texte est observable. Un mot n’est pas suffisant (du moins non représentatif). Une phrase, au contraire, parce qu’elle est un assemblage bien plus modulable qu’un mot (choix du vocabulaire ou encore de l’agencement des groupes) permet, à un niveau relevant du micro, de dynamiser l’expérience de lecture et donc le récit.

#1.1. Phrases simples.

Une phrase simple est une phrase qui est dotée d’un seul et unique verbe conjugué.

Jean marche.

Une phrase simple n’apporte théoriquement pas grand-chose au dynamisme. Pas lorsqu’elle est seule ou aussi courte que dans notre exemple… Pourtant cette phrase si basique – la première que l’on apprend à utiliser – peut influencer le dynamisme de deux manières différentes !

#1.1.1. Le cumul pour l'accélération.

L’accumulation de phrases simples et courtes va avoir pour effet d’accélérer le rythme de votre récit et de mettre l’accent sur la succession d’informations portée par l’ensemble de phrases.

Jean marche. Il accélère. Il regarde l’horizon. Sa journée lui revient. Jean serre les poings. Il court désormais. Il ne s’arrêtera plus.

Ce genre de structure paraît un peu simple… Et c’est là tout son intérêt : elle permet de dynamiser le texte sans grande difficulté technique. Elle se prête d’ailleurs tout particulièrement à des suites d’actions simples et/ou habituelles (comme un technicien plongé dans sa routine matinale) !

#1.1.2. L'allongement pour un ralentissement.

Allonger une phrase simple, c’est lui ajouter un tas de groupes compléments. Ces groupes compléments, comme ils se rapporteront tous au même verbe, permettront dans une certaine mesure de préciser l’action, mais aussi de la dilater sur un espace textuel plus grand.

Jean marche de plus en plus vite, à la limite de la course et, malgré tout, malgré la pluie, le vent et cette journée pourrie, à la poursuite de son destin.

Ces phrases sont très utiles pour ralentir le rythme du récit tout en focalisant le lecteur sur un genre « d’action bilan » (on peut très bien imaginer que Jean vient de terminer sa journée de boulot, un truc bien relou comme on en vit peu, et que cette phrase vient conclure tout cela selon un rythme moins effréné).

#1.2. Phrases complexes.

Une phrase complexe est une phrase dotée de deux propositions (i.e : verbes conjugués) ou plus.

Jean marche, puis accélère.

On notera en premier lieu que les deux effets précédemment évoqués peuvent être employés dans le cadre de phrases complexes.

Le cumul de propositions pourra, si elles sont assez courtes, tout à fait dynamiser votre texte et l’accélérer.

Jean marche, accélère et regarde l’horizon tandis que sa journée lui revient.

Il sera également possible d’allonger les différentes propositions pour créer un sentiment de ralenti dans la lecture.

Jean marche de plus en plus vite, si bien qu’il court presque, qu’il semble poursuivi par une armée invisible. Il observe l’horizon, semble chercher son destin du coin de l’œil.

Les phrases complexes possèdent bien évidemment des propriétés qu’elles ne partagent pas avec les phrases simples.

#1.2.0. Petit rappel

Ça va être rapide, rassurez-vous. Il existe deux familles de phrases complexes :

> Les phrases de type principale + subordonnées, dans lesquelles une proposition porte le verbe principal de la phrase (Je crois que Jean marche) ;
> Les phrases avec juxtaposition ou coordination, dans lesquelles les propositions juxtaposées ou coordonnées portent des verbes d’importance égale (Jean marche et regarde l’horizon).
Et voilà, le rappel est fini.

#1.2.1. Les subordonnées relatives et l'effet cascade.

Une proposition subordonnée relative (PSR) est une proposition qui se rapporte à un mot et y est connectée par un pronom relatif.

Je vois Jean qui marche.

Une PSR sert à donner des informations quant au terme auquel elle est raccrochée, à le préciser. Il faut d’abord noter qu’elle est parfaite pour l’effet d’allongement noté en 1.1.2, puisqu’elle permettra d’ajouter pléthore de précision.

Mais le plus intéressant n’est pas de les répartir n’importe comment, mais de les enchaîner les unes les autres. Vous pourrez ce faisant créer un rythme « en cascade » qui donnera l’impression à votre lecteur que vous déroulez devant lui un flot d’informations continu et logique.

Je vois Jean au loin qui court vers un destin que je ne peux pas envisager, un destin qu’il commence à peine à comprendre, mais qui, j’en suis certain, ne saura le décevoir.

Bon j’avoue que cet exemple n’est pas le plus à propos, mais je suis certain que vous voyez l’idée.

#1.2.2. Coordination... ou juxtaposition ?

Ce dernier point sur les phrases relève de la nuance, mais quitte à écrire sur la question, autant écrire à fond.

Voyez-vous la différence entre : « Jean se lève et part en courant » & « Jean se lève, part en courant » ?

La différence est fine à mon sens, mais bien présente. Dans le second cas, l’omission du « et » (qui fait tomber de la coordination à la juxtaposition) accélère la succession entre les deux verbes d’action.
Cet effet, dont il ne faut surtout pas abuser, est très fonctionnel lorsqu’une multitude d’actions et/ou d’émotions se succèdent dans un passage très court ! Je vous conseille de faire vos essais de votre côté, mais vous verrez que choisir la juxtaposition peut sincèrement « relever » l’action (comme on relèverait un plat, oui).

#2. Les paragraphes, entre confort et dynamique

Retourner à la ligne est un acte qui peut paraître anodin. On retourne à la ligne pour offrir une meilleure visibilité à notre destinataire, pour aérer notre texte, pour éviter que le même paragraphe fasse douze putain de pages.

On pourrait donc se dire que les paragraphes ne sont là que pour aménager la lecture et la rendre plus confortable… Et ils peuvent absolument n’être utilisés que dans cette optique.

Mais ce serait dommage de se limiter à cela, vous ne trouvez pas ?

#2.1. Le retour à la ligne conclusif.

Un simple retour à la ligne (un seul appuie sur « entrée ») permet de reconfigurer visuellement un ensemble de phrases. La force de ce simple retour à la ligne est que s’il est employé pour renvoyer une seule phrase à la ligne, il peut lui donner une valeur conclusive très forte.

Reprenons l’exemple du 1.1.1 :

Jean marche. Il accélère. Il regarde l’horizon. Sa journée lui revient. Jean serre les poings. Il court désormais. Il ne s’arrêtera plus.

Et mettons-le à jour.

Jean marche. Il accélère. Il regarde l’horizon. Sa journée lui revient. Jean serre les poings. Il court désormais.
Il ne s’arrêtera plus.

Dans ce deuxième exemple, le retour à la ligne augmente le dynamisme porté par la négation en « ne … plus » et, même si le premier portait déjà un aspect conclusif, il se retrouve renforcé ici.

#2.2. Le retour à la ligne introductif.

Vu le nom, vous vous doutez qu’il s’agit de l’inverse du cas précédent, qui permet de faire d’une simple phrase la conclusion et le point d’honneur de celles qui la précèdent.

Il s’agira ici d’avoir une seule phrase pour introduire la suite. Il s’agit généralement de condenser la dynamique du passage à venir pour y plonger le lecteur.

Jean marche, furieux.
Il accélère, regarde l’horizon. Sa journée défile dans sa mémoire, lui fait serrer les poings. Tss, comment a-t-il pu laisser passer tout ça ? Il court désormais.

La première phrase pose dans l’exemple tant l’action (marcher) que l’ambiance (fureur) et permet de préparer le lecteur à la séquence qui arrive sans l’étouffer de détails préalables.

#2.3. Du saut de ligne dans les dialogues.

Je ne vais pas m’embarquer dans une très grande diatribe quant aux dialogues : Nicolas a écrit un très bon article sur la question, article dans lequel il traite des incises, des « didascalies » entre de deux lignes de dialogues et tout un tas d’autres choses qui permettent de faire de bons dialogues.

Le seul point que je souhaite soulever ici, et qui permet bien évidemment de dynamiser son dialogue, est le saut de ligne qui est souvent mis par défaut entre une ligne de dialogue et une de narration.

— Bah alors, Jean, t’as passé une sale journée ?

 

Jean s’arrête, dévisage son amie.
— Ah ouais… Sale journée donc.

Ce saut de ligne n’est pas une erreur, loin de là. On visualise très facilement l’amie de Jean l’interpeller, lui qui s’arrête, la dévisage et elle qui embraye une seconde après avoir fini sa première phrase.

Sauf qu’un simple retour à la ligne (et non un saut) rendrait tout cela beaucoup plus dynamique, beaucoup plus proche de la réalité.

— Bah alors, Jean, t’as passé une sale journée ?
Jean s’arrête, dévisage son amie.
— Ah ouais… Sale journée donc.

L’idée n’a pas changé, mais cet exemple illustre mieux la succession d’actions portée par l’extrait. Selon moi cela s’explique par le fait que la didascalie réagit ici ici comme une ligne de dialogue. Ça n’en est pas une, c’est définitivement de la narration, mais elle répond à la ligne précédente et induit la suivante.
Si vous vous trouvez dans une situation similaire, n’hésitez pas à utiliser cet outil !

#3. Paragraphes, parties, volumes.

La suite logique de la phrase et du paragraphe me semble être le chapitre et, pour être tout à fait honnête, je n’ai rien à ajouter par rapport à l’article que j’avais écrit sur la question du chapitrage.

Notons simplement, pour ceux qui ne l’auraient pas lu, qu’un chapitre est un découpage plutôt important dans un roman, car il offre une pause au lecteur et le choix de continuer ou non sa lecture. La tendance actuelle, qui semble rapetisser la longueur des chapitres, est notamment due aux nouveaux modes de consommation comme un petit chapitre dans le bus ou pendant la pause déjeuner, etc.

L’un des grands intérêts de la rupture inhérente aux chapitres (ou aux parties d’ailleurs) est que vous êtes les seuls à décider d’où reprendra le suivant. Cette réalité va vous permettre de jouer sur les attentes de votre lecteur et donc de relancer son envie de lecture.
Ça n’est pas pour rien que le fameux combo « cliffangher de fin de chapitre + ellipse qui envoie le lecteur une semaine plus tard » existe !

Pour conclure ?

Le dynamisme d’un récit est un élément central à la plupart d’entre eux, et peut être trouvé à bien des niveaux.

Nous avons vu cette semaine que la simple nature des phrases, l’agencement des paragraphes ou encore le point de rupture interchapitre n’échappaient pas à la règle. Chacun d’entre eux permet d’influer sur l’expérience du lecteur, tout en renforçant des éléments de sens ou d’ambiance que porte le texte ! D’une pierre deux coups, donc.

On restera sur des questions de formes la prochaine fois, avec notamment la gestion des temps, des points de vue et quelques figures de style !

Pour aller plus loin :

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