Écrire des dialogues intéressants

Comment utiliser la notion de conflit à bon escient pour rendre vos dialogues intéressants
Nicolas Parisi
Nicolas Parisi
Cofondateur du Club, auteur de nouvelles parues dans diverses revues, je m’intéresse particulièrement à la stylistique et ses applications pratiques à l’écriture. En lire plus

Écrire des dialogues intéressants

Comment utiliser la notion de conflit à bon escient pour rendre vos dialogues intéressants

Écrire des dialogues intéressants

Comment utiliser la notion de conflit à bon escient pour rendre vos dialogues intéressants
dialogue intéressant

Vous savez quand poser des incises, comment entremêler lignes de dialogue et courts passages narratifs et, surtout, introduire les répliques par des tirets cadratin ?

 

Félicitation, c’est déjà la moitié du chemin pour écrire de bons dialogues !

 

Mais on va maintenant voir comment faire pour que ce que se disent vos personnages intéresse vraiment le lecteur.

 

Parce que c’est (relativement) facile d’écrire des dialogues dynamiques. Faire des dialogues dynamiques qui sonnent vraisemblables, c’est déjà plus compliqué…

 

Mais écrire des dialogues qui sont intéressants, là on commence à parler !

Vos dialogues doivent faire avancer l’intrigue

C’est un peu la première étape : se demander à quoi sert un dialogue donné. En général, on a tendance à dire que tous les dialogues devraient participer à l’avancement de l’intrigue. Et même si j’ai souvent du mal avec les règles un peu trop restrictives qui sonnent comme « si ton dialogue ne permet pas à l’intrigue d’avancer, alors il vaut mieux le supprimer », je dois bien reconnaître que celle-ci fonctionne plutôt bien.

 

On pourrait penser que c’est le caractère utile d’un dialogue donné qui fait qu’il peut être intéressant. Par exemple, un dialogue qui fait avancer l’intrigue est un dialogue utile, puisqu’il fait avancer l’intrigue. Mais il y a d’autres types d’utilités, comme « caractériser un personnage » ou « donner au lecteur des informations nécessaires à la compréhension du contexte ».

 

Donc tant qu’un dialogue est utile, c’est bon, il n’a pas besoin de faire avancer l’intrigue ?

 

Pour répondre à cette question je vous invite à imaginer un personnage, nommons-le Paul, qui, du fait de l’intrigue, doit aller du point A au point B (mettons de chez lui à la poste pour envoyer une lettre extrêmement importante).

 

Lorsqu’il achète les timbres, l’agent au guichet lui explique plein de trucs (que l’auteur estime être des informations dont le lecteur a besoin pour bien comprendre le contexte, les enjeux, etc.). Paul hoche la tête tout le long, répond aimablement de temps en temps puis finit par acheter son carnet de timbres et poste sa lettre.

 

L’intervention de l’agent du guichet a une vraie utilité : donner au lecteur des informations très importantes. Pourtant on le lira au mieux en diagonale ce dialogue, parce qu’à ce moment-là, on s’en fout royalement. Tout ce qui nous intéresse c’est si Paul arrivera à envoyer sa lettre. Il n’y a aucun enjeu.

 

Par contre, si on intègre ce dialogue à l’intrigue, là on va s’intéresser à ce qu’il se passe : imaginons que l’agent du guichet tient exactement la même conversation, mais avec un client juste avant Paul, et que Paul a peur de manquer la levée du courrier si ces deux-là ne se dépêchent pas (ce qui serait terrible, sa lettre ultra importante ne partirait pas à temps). Alors Paul écoute ce qui se dit et commence à stresser, et nous, lecteurs, on se demande s’il va intervenir, demander brusquement au guichetier de se presser, s’il arrivera à envoyer sa lettre à temps, etc.

Et là, on est intéressés par ce qu’il se passe, parce que ce dialogue fait partie de l’intrigue : Paul arrivera-t-il à envoyer sa lettre à temps ?

 

Même s’ils ont une utilité, vos dialogues devraient quand même participer à l’intrigue pour être intéressants. C’est nécessaire, mais pas suffisant !

 

Et c’est là qu’on va se pencher sur quelque chose de très intéressant : la notion de conflit.

Le conflit, c’est fun

En temps qu’humains, c’est comme ça, on aime le conflit (sauf, parfois, quand il nous cause des soucis). On ne peut pas s’empêcher de trouver ça intéressant. Dans le fond, tout le monde aime le drama. Et même quand on aime pas ça, il y a toujours une part de nous un peu curieuse qui a envie de savoir ce qu’il se passe.

 

Imaginons deux scénarios :

  1. Paul appelle son patron et l’informe qu’il doit prendre sa matinée pour passer à la poste ; il a un courrier extrêmement urgent à envoyer dans la matinée avant la première levée.
    Son patron lui répond : « pas de problèmes. »
  2. Paul appelle son patron et l’informe qu’il doit prendre sa matinée pour passer à la poste ; il a un courrier extrêmement urgent à envoyer dans la matinée avant la première levée. Son patron lui répond : « Hors de question. D’ailleurs si tu as ne serait-ce qu’une minute de retard tout à l’heure, t’es viré ! »

 

C’est la suite duquel des deux scénarios que vous avez le plus envie de lire ?

Le conflit, comment ça marche en théorie ?

En théorie, le conflit, c’est lorsqu’un personnage A veut un truc B et qu’il y a quelque chose entre lui et ce truc, un obstacle, qui l’empêche de l’obtenir.

 

Voilà, rien de très compliqué : Paul veut envoyer sa lettre avant la première levée et un guichetier trop bavard l’en empêche.

 

Cette notion de conflit peut être utilisée dans plein d’autres domaines que simplement les dialogues, notamment l’écriture de l’intrigue. Mais pour éviter que cet article ne se transforme en essai, on va se concentrer sur les conflits externes incarnés, c’est-à-dire lorsque l’obstacle entre le personnage et ce qu’il veut, est un autre personnage qui refuse de lui donner ce qu’il veut.

 

Dans le cadre de notre exemple, on a donc Paul qui prend son courage à deux mains, s’avance vers le guichetier et, s’éclaircissant la gorge tout en pointant sa montre, demande à l’employé s’il ne pourrait pas se presser un peu.

 

Plutôt que d’abréger, le guichetier s’outre et répond : « non Monsieur, je ne suis pas une machine. Si vous étiez pressé, il fallait venir plus tôt ou même envoyer votre lettre hier ! »

Rajouter du conflit dans les dialogues, c’est suffisant pour les rendre intéressants ?

Non, mettre du conflit dans un dialogue, c’est que le début ! Le truc avec le conflit, c’est que s’il reste au même niveau d’intensité, on va très vite commencer à s’ennuyer.

 

Si on reprend notre exemple, imaginons que Paul réponde au guichetier en essayant de le convaincre de l’importance de cette lettre. Il dirait quelque chose comme « Je vous en prie, c’est extrêmement important ! »


Le guichetier lui répond qu’il doit attendre son tour et Paul insiste, cette lettre c’est toute sa vie qui va se jouer dessus !
Le guichetier répond que les règles, c’est les règles, et Paul reste au même niveau de conflit : « Mais vous n’avez pas idée à quel point cette lettre est importante ! »

 

On voit bien que, très vite, on s’ennuie. Il n’y a plus vraiment d’enjeu : on ne se demande plus si Paul réussira à envoyer sa lettre à temps, on a juste envie que cet échange se termine.

Conserver l’intérêt du lecteur pour le conflit

Pour conserver l’intérêt du lecteur, il faut que le conflit escalade. Et par escalade, il ne faut pas nécessaire entendre que vos protagonistes finissent par en venir aux mains. Il faut entendre « évolution ».

 

Si Paul se contente d’appliquer la même méthode face à l’obstacle, le conflit n’évolue pas. Mais Paul a plein d’autres options : il peut supplier, menacer, chercher à charmer, s’outrer, négocier, etc.

 

Et là ça devient intéressant !

 

Parce que, si après que le guichetier lui ai dit que « les règles, c’est les règles », Paul change d’attitude et attaque le guichetier :
— Les règles c’est les règles quand ça vous arrange, hein !
— Monsieur, pas la peine de vous outrer ainsi je…
— Je vous préviens, lâche subitement Paul, un doigt accusateur tendu vers le guichetier. Si vous ne…
— Je ne me laisserai pas menacer ainsi !
Paul s’arrête, regarde son doigt tendu, contemple les visages stupéfaits des autres clients, percute qu’il n’aura définitivement pas le temps d’envoyer sa lettre, et qu’en plus il a l’air d’un fou. Il sent ses yeux s’embuer. Le tout pour le tout se dit-il en se laissant tomber à genoux.
— Je vous en supplie ! Je suis mort si cette lettre ne part pas immédiatement… Mort vous m’entendez !

La façon dont un personnage fait escalader le conflit comme caractérisation de sa personnalité

Le titre est un peu long et explique tout : la façon dont un personnage fait escalader le conflit est l’un des meilleurs indicateurs de sa personnalité.

 

On a vu dans l’exemple précédent qu’en dernier recours, Paul est prêt à se jeter à genoux pour supplier. Mais si, à cet instant, il s’était jeté derrière le comptoir pour s’emparer d’un carnet de timbres, c’est une tout autre personnalité que vous lui auriez prêtée. D’ailleurs, après avoir lu l’exemple précédent, on arrive tout simplement pas à imaginer Paul faire ça. Ça lui ressemblerait pas de se jeter comme ça derrière un comptoir.

 

Là où cette idée (que la façon dont un personnage fait escalader le conflit est indicative de sa personnalité) est particulièrement utile, c’est lorsque l’on considère un personnage au sein de son arc de développement :

 

Il n’y a pas, pour moi, de meilleur moyen d’indiquer l’évolution d’un personnage à la fin de son arc qu’en le montrant escaladant le conflit selon un schéma qui ne correspond pas à ce qu’il faisait au début.

Conclusion

Comme toutes les “règles”, il ne faut pas hésiter à les transgresser ; surtout si ça marche.

 

Si un de vos dialogues ne participe pas à l’intrigue et/ou ne contient pas de conflit, mais que vos lecteurs l’adorent, c’est le jackpot.

Par contre si plusieurs de vos lecteurs tests, ou même vous-mêmes, tiquez sur un ou plusieurs de vos dialogues, ça peut valoir la peine de vous poser ces questions :

  • ce dialogue participe-t-il à l’intrigue ?
  • ce dialogue contient-il un conflit ?
  • le conflit dans ce dialogue est-il escaladé ?

J’espère que cet article vous aidera à reprendre certains de vos dialogues qui ne fonctionnaient pas trop bien, ou à rendre vos prochains plus intéressants !

Et n’hésitez à me dire en commentaire s’il vous a été utile, ou même si j’ai dit des bêtises selon vous !

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