Ecrire un roman – Déterminer ses armes

Ecrire un roman c’est aussi comprendre quelles sont les aptitudes à notre disposition et comment les mobiliser !
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

Ecrire un roman – Déterminer ses armes

Ecrire un roman c’est aussi comprendre quelles sont les aptitudes à notre disposition et comment les mobiliser !

Ecrire un roman – Déterminer ses armes

Ecrire un roman c’est aussi comprendre quelles sont les aptitudes à notre disposition et comment les mobiliser !

Bonjour à tous, comment allez-vous ?
Quelle que soit l’activité (sport, art, science, artisanat, etc.), chaque pratiquant possède des « armes » particulières pour se développer dans le cadre de cette activité. Ces armes – ou affinités si vous préférez – vont le plus souvent déterminer l’identité du pratiquant, sa « patte » en d’autres termes, et permettre de le différencier des autres.

Vous vous en doutez : l’écriture n’échappe pas à la règle. Je vous propose donc aujourd’hui de voir six grandes familles d’armes !

Si je peux me permettre (et si vous en avez envie), j’ai quelque chose à vous proposer. Prenez une feuille (ou ouvrez un nouvel onglet) et, au fur de votre lecture, notez toutes les compétences que je vais évoquer et que vous appliquez déjà dans vos récits. Mettez-leur une note de 1 (utilisation occasionnelle, parfois maladroite) à 5 (utilisation maîtrisée).

La technique

Votre truc c’est les mots ? Leur précision ? Leur agencement ? Vous passez vingt minutes par pages du CNRTL ? La grammaire et les figures de style sont plus que de simples règles et usages, mais autant de manières d’apporter plus de sens aux simples mots qui portent votre récit ?
Oui ? Alors il y a fort à parier que la technique fasse partie de vos armes !

 

La technique, c’est tout simplement l’ensemble des compétences linguistiques qui permettent de générer des effets dans un texte. Elle inclut par exemple la gestion des temps, l’utilisation des figures de style, la construction de phrases complexes et compréhensibles, les changements de point de vue ou encore les discours rapportés.
Par chance, une écriture technique ne signifie pas une écriture incompréhensible, car tout l’objectif de la technique est d’accroître l’expérience de lecture par le biais d’informations cachées ou de niveaux de lecture multiples, par exemple.

Maîtriser la technique.

1. Lire des articles sur les astuces d’écriture, les figures de style, etc., et s’entraîner à les utiliser. Chacune de ces techniques très particulières permet de générer des effets très précis, et vous trouverez des dizaines d’articles dessus !
2. Lire des auteurs réputés techniques et analyser des extraits de leurs textes pour comprendre leur technique et se l’approprier. Vous pouvez par exemple piocher chez Jean Giono pour les images ou la précision du langage ou Camus pour les discours rapportés, entre autres.
3. Faire des essais.

Le style

On reconnaît toujours vos écrits, même lorsque vous ne prévenez pas qu’ils sont de vous ? Vous avez une manière bien à vous d’utiliser chacun des outils d’écrivains à votre disposition ? Vous avez des schémas ou paternes dans leur utilisation ? Vous passez énormément de temps à les peaufiner ?

Oui ? Alors vous avez une belle affinité avec le style !

 

 

Le style réside avant toute chose dans une recherche esthétique, qu’elle soit structurelle ou sonore. Il englobe syntaxe, l’équilibre des phrases ou encore le travail sur les sonorités (allitération, assonances) !
Notons d’ailleurs que, parce qu’il inclut la syntaxe (qui n’est autre que l’art d’agencer les mots dans une phrase), le style fait partie des « armes » les plus caractérisantes, puisqu’il est trouvable en même proportion dans toutes les formes et genres de récits et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un œil critique ou aiguisé pour y être sensible.

Maîtriser le style.

1. Lire des articles sur les figures de style liées aux sonorités ! L’API français est composé de plus d’une trentaine de sons… Et ils sont tous associés, seuls ou par groupes, à des effets sur le lecteur ! Un bon point de démarrage.
2. Lire des auteurs, mais aussi des genres variés. Chaque auteur a son style et sa manière de l’aborder, c’est un fait avéré… Mais, comme toujours, le genre, la forme, les thématiques… De nombreux éléments influent directement (ou non) sur le style qu’adopte un auteur pour déployer son récit. Enrichir son domaine de lecture, c’est aussi se mettre en contact avec des styles inconnus (ce qui est une bonne chose, rappelons-le).
3. Assumer ses expérimentations, aussi farfelues soient-elles. Si le style fait partie de vos armes, il y a fort à parier que vous ayez parfois l’idée de phrases étranges, presque incompréhensibles, mais dont l’esthétique est-elle qu’on ne peut rien leur reprocher. Il s’agira de les faire lire pour avoir des retours dessus : peut-être qu’un léger lissage en fera l’acmé de votre roman.

Les personnages

Vous passez des heures à réfléchir à ce qui ressortirait de la rencontre de deux personnages ? On vous fait souvent remarquer leur profondeur ou la vraisemblance de leurs interactions ? Il manque quelque chose de fondamental, à vos yeux, dans un manuscrit où les personnages sont peu développés et n’évoluent pas ?
Bon ! Eh bien je suppose que les personnages font partie de vos armes.

 

Les personnages sont centraux au principe même de récit : certains d’entre eux sont la source de l’intrigue, d’autres encore cherchent à la dénouer et, dans tous les cas, ils sont des êtres vivants, censés et sensibles.
Déployer ses personnages, les faire interagir et évoluer, c’est mettre le lecteur face à des êtres vivants (sur lesquels il projettera systématiquement des aspects de lui ou de ses proches) ! Chaque auteur a son rapport aux personnages (de très importants à anecdotiques), mais il faut tout de même garder à l’esprit qu’ils sont – si bien créés – l’une des armes les plus efficaces pour accrocher un lecteur.

Maîtriser les personnages.

1. Lire des articles sur la création de personnages, qu’ils soient généraux ou centrés sur une figure particulière. Attention toutes fois : les personnages (et la structure) font partie des domaines où vous trouverez le plus de contradiction d’un article à l’autre. Donc si vous tombez sur une méthode qui ne vous plaît/ convient pas, passez juste à la suivante !
2. Faire discuter ses personnages, par écrit ou mentalement. Vous en prenez quatre ou cinq au hasard (et pas forcément du même projet), vous les enfermez dans une pièce sans possibilité de sortie et vous lancez un débat plus ou moins critique pour la majorité d’entre eux. L’exercice vous aidera à mieux envisager les réactions de chacun des personnages que vous avez mis dans la pièce avant d’avoir lancé le débat.
3. S’inspirer de personnes ou personnages connus. Cela peut paraître bête, mais c’est un point de départ. Vous voulez un magicien multiséculaire comme mentor de votre groupe pour les cent premières pages ? Qu’à cela ne tienne ! Partez de Gandalf (ou toute figure magique héritée de Merlin) et travaillez les différences entre cette figure et votre personnage pour trouver son identité réelle.

L'intrigue

Un bon roman est une machine huilée qui attrape le lecteur et le tient en haleine jusqu’au point final ? Chaque évènement que vous montrez à votre lecteur trouvera une signification plus tard ? Vous aimez lui faire se creuser la tête ? Le pousser à questionner chaque personnage, chaque décision ?
Vous êtes de ceux qui maîtrisent l’intrigue.

 

L’intrigue est toujours au cœur d’un récit. Elle est la raison pour laquelle le narrateur raconte l’histoire, mais aussi l’élément qui pousse les personnages (principaux, secondaires, alliés et adjuvants) à agir et à la dénouer.
L’intrigue n’est généralement pas unique. Il y a l’intrigue principale, évidemment, mais aussi toutes les sous-intrigues qui génèrent le cadre du récit. Pourquoi ces évènements sont-ils arrivés ? Qu’est-ce qui pousse X à aller à l’encontre de ses valeurs ? Toutes les sous intrigues et sous questions, aussi infimes soient-elles, vont en réalité s’unir et alimenter la principale, que ce soit pour le bénéfice d’un chapitre, d’un volume, d’une saga.

Maîtrise l'intrigue.

1. Lire des articles sur la création et l’amélioration d’intrigue. Et n’hésitez pas non plus à vous pencher sur des articles dédiés à l’audiovisuel : il y aura quand même des choses à prendre.
2. Lire des livres dont au moins un aspect (genre, forme, sous-genre, propos, etc.) est proche du projet en cours. Ce faisant, vous pourrez affiner votre connaissance de ce qu’il se fait de similaire à votre projet et donc les types d’intrigues auxquels sont habitués les lecteurs.
3. Décortiquer en unité les plus petites possibles et analyser ses propres intrigues. L’exercice vous permettra de juger de la cohérence de votre intrigue, de ses forces et de ses faiblesses (par exemple si l’une des étapes est un peu bancale ou au contraire bien trop visible). N’hésitez d’ailleurs pas à faire du mind mapping pour cela (avec par exemple la résolution de l’intrigue en élément central et toutes les étapes et actions à faire par les personnages autour).

La structure

Plus encore que l’histoire, c’est la manière de la raconter au lecteur qui vous importe ? Vous cherchez systématiquement l’organisation narrative la plus adaptée à votre récit, quitte à écrire un roman qui part de la fin vers le début ? Les découpages de votre récit sont plus qu’intuitifs et relèvent de choix qui accroissent l’expérience de lecture ?
Cela signifie que la structure est une de vos compétences de prédilection.

La structure d’un récit désigne la manière que l’auteur a de dérouler l’intrigue sous les yeux du lecteur. Elle implique les choix narratifs (position du narrateur), le découpage structurel de l’intrigue (deux temps ? Trois ? Quatre ?), mais aussi l’assemblage des chapitres (le lecteur va-t-il du début à la fin ? Suit-il un seul personnage ? Plusieurs ?)
Bien qu’elle soit un lieu de création extraordinaire (et bien souvent mésestimé), la structure est toujours un élément du manuscrit qui sert à en soutenir un ou plusieurs autres. Une structure à trames multiples permettra de développer dans des proportions similaires les personnages faisant l’objet des différentes trames. Une structure déconstruite avec des aller-retours entre plusieurs personnages, plusieurs temps et plusieurs lieux permettra de guider le lecteur tout en le maintenant dans une forme de flou, puisqu’il n’aura accès qu’à des fragments très spécifiques du récit.

Maîtriser la structure.

1. Lire des articles sur les structures les plus répandues. Comme pour tous les points précédents, des centaines d’articles analysent, décortiquent et expliquent les structures les plus répandues. Ce serait dommage de passer à côté !
2. Questionner la structure utilisée : est-elle la plus adaptée au récit en cours ? Quels en sont les tenants et aboutissants ? Que va-t-elle apporter à l’expérience de lecture ? Pourrait-elle être améliorée ?
3. Faire des essais sur la structure en cours. Rappelez-vous toujours que votre manuscrit vous appartient et que c’est vous qui l’écrivez. Partant de là, n’hésitez pas à faire des essais en termes de changement structurel tout en gardant à l’esprit que vous pourrez toujours revenir à la structure initiale… Ou développer la nouvelle si elle s’avère être un bon filon !

Le worldbuilding

Vous créez des clans, des civilisations… Des mondes sans vraiment y faire attention ? Chaque lieu, chaque jour, chaque relique recèle d’une légende qui lui appartient et la lie au reste de votre récit ? Vous avez des centaines de pages de notes, dont quatre-vingts solides pour cent n’apparaîtront jamais dans votre manuscrit ?

Haha ! Bienvenue chez ceux pour qui le worldbuilding est un fondamental !

Le worldbuilding désigne, grossièrement, le processus de création d’une ville/ région/ pays/ monde où se déroulera l’action d’un ou plusieurs récits. Il s’agit donc de tout créer, les rues, les clans, l’histoire passée, la mythologie… Parfois même créer la création même de l’univers !
S’il est souvent considéré comme réservé aux œuvres de SFFF, le worldbuilidng s’applique en réalité et dans une certaine mesure à toutes les œuvres. Oui, créer un monde d’elfes et d’orc est du wordbuilding, du bon gros worldbuilding… Mais, finalement, créer de toute pièce une mégacorporation, ses différents secteurs, ses groupes constitutifs, sa chaîne de management, ses légendes internes, etc. relève aussi d’une forme de worldbuilding. Une forme plus légère, se reposant plus sur les acquis du lecteur, mais une forme tout de même.

Maîtriser le worldbuilding

1. Lire des articles qui traitent de worldbuilding, et prioritairement ceux qui parlent des choses à ne pas faire ! Créer un univers est palpitant, mais il y a de très, très, très nombreux écueils ! Alors autant se les éviter dès le départ.
2. Tester la cohérence du worldbuilding avec la méthode G.R.A.P.E.S. Cette méthode (dont on vous parle dans ce post Instagram) permet d’analyser une société par le biais de six axes fondamentaux (géographie, religion, accomplissement, politique, économie & structure sociale).
3. Ne pas hésiter à faire trop pour tailler en suite. Si vous décidez de prendre un week-end pour seulement travailler votre worldbuilding, alors faites-le à 200%. Ce genre de cession créative a pour objectif de créer un matériau suffisamment dense pour avoir l’air « complet », mais rien ne vous force à tout garder ou tout mentionner ! Certaines de vos idées n’apparaîtront peut-être qu’au détour d’une réplique (ce qui ajoutera en profondeur à votre récit sans rendre artificielles les incursions du worldbuilding) !

Un subterfuge pour s'améliorer

Dans l’absolue, aucun récit ne peut se passer d’aucune des familles de compétences dont nous venons de parler, du moment que l’on entend le worldbuilding comme la construction d’un espace-temps cohérent pour un récit, qu’il s’agisse de la vie mondaine d’un quartier parisien ou les guerres éternelles des terres de Zga’arh. Mais comme ces familles de compétences sont étendues et en contact permanent, il est possible de se servir de l’une d’entre elles pour ponctuellement pallier une autre.

Admettons que l’une de vos armes soit une transcription fidèle des émotions et ressentis de vos personnages, que vous désiriez installer une ambiance horrifique dans un hôpital abandonné, mais que vous ne soyez pas le plus habile avec les descriptions de lieux (parce que le détail intéressant ne vous vient pas naturellement, par exemple).

Vous ne pourrez évidemment jamais vous passer de descriptions de lieux avec un tel objectif en tête. Il est plus ou moins impossible de se passer de la description de lieu dans l’écriture d’un récit. Ce que vous pourrez faire, néanmoins, c’est vous servir de votre gestion des personnages comme premier outil pour guider le lecteur vers l’ambiance horrifique dans un hôpital abandonné (par le biais des échanges verbaux et non verbaux entre vos personnages par exemple). Ce faisant lorsque votre lecteur arrivera aux descriptions du lieu en lui-même, vous l’aurez déjà préparé à être dans « une ambiance horrifique », ce qui limitera les chances qu’il sorte du texte !
Et, oui, cela fonctionne aussi si vous êtes très bon en description et moins en transcription des ressentis.

 

Ce subterfuge, si l’on peut dire, permet non seulement de se servir d’une compétence pour en pallier une autre, mais surtout de continuer à les développer à force de pratique. Vos points forts, vos armes naturelles face à l’écriture, peuvent vous aider à développer les compétences que vous devez ou désirez développer !
Il suffit juste de trouver les liens qui les unissent pour aller des premiers vers les suivants.

Pour conclure ?

Reprenez la liste que vous avez dressée depuis le début de cet article (si vous n’en avez pas fait, je vous conseille d’essayer à l’occasion), ajoutez-y (avec la même notation) toutes les compétences d’écriture que vous maîtrisez (ambiance, description, brouillage de la temporalité, portraits, etc.).
Les 1 et 2/5 sont des essais, des compétences que vous ne maîtrisez pas encore, mais qui apparaissent déjà dans vos écrits. Trouver un moyen de les développer pourrait être intéressant.
Les 3 et 4/5 sont des compétences plus ou moins acquises qui dans tous les cas se développeront avec l’expérience. La question à vous poser est donc la suivante : désirez-vous les maîtriser plus encore, ou votre maîtrise actuelle est-elle suffisante pour ce que vous en faites ?
Les 5/5 sont les noyaux de votre écriture, des compétences que vous maîtrisez vraiment. C’est probablement pour elles que certains de vos lecteurs (même parmi vos proches) vous lisent.

Tracez maintenant des traits entre les compétences qui semblent pouvoir fonctionner ensemble (parce qu’elles peuvent servir le même objectif, peuvent être utilisées en même temps ou tout simplement parce que vous en avez l’intuition).
Bon, eh bien vous avez établis les liens qui unissent les compétences que vous possédez actuellement. Il ne vous reste plus qu’à vous servir de celles que vous maîtrisez le mieux comme introductions à celles que vous désirez développées (et qui leur est reliée par un trait).
Les essais vous aideront à les maîtriser, puis à les utiliser individuellement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Jetez un oeil à nos

Autres articles