[enquête] Avis sur les éditions Maïa, du Lys Bleu, Sydney Laurent (et d’autres)

Ces maisons sont-elles vraiment sélectives ? Si oui, quels sont leurs critères de sélection ?
Nicolas Parisi
Nicolas Parisi
Cofondateur du Club, auteur de nouvelles parues dans diverses revues, je m’intéresse particulièrement à la stylistique et ses applications pratiques à l’écriture. En lire plus

[enquête] Avis sur les éditions Maïa, du Lys Bleu, Sydney Laurent (et d’autres)

Ces maisons sont-elles vraiment sélectives ? Si oui, quels sont leurs critères de sélection ?

[enquête] Avis sur les éditions Maïa, du Lys Bleu, Sydney Laurent (et d’autres)

Ces maisons sont-elles vraiment sélectives ? Si oui, quels sont leurs critères de sélection ?

Dans cet article, on ne montrera pas que telle ou telle maison est dirigée par un(e) escroc. On ne serait pas en mesure de montrer une telle chose. Ce serait de la diffamation que de dire que telle maison, parce qu’elle accepte n’importe quoi et vous relance toutes les semaines pour vous publier (sous réserve que vous achetiez tant d’exemplaires ou que vous payiez vous-même le correcteur) est une machine à pomper le pognon de jeunes auteurs malheureusement crédules.

 

Tout ce que nous allons faire dans cet article, c’est déterminer le niveau des critères de sélection des maisons suivantes :

  • Les éditions Maïa
  • Le Lys Bleu
  • Les éditions Sydney Laurent
  • Les éditions de l’Onde
  • Les éditions Vérone
  • Les éditions Persée
  • Les éditions Spinelle

 

Et ce, en leur envoyant un manuscrit écrit avec un programme qui génère des phrases aléatoires.

 

L’idée est simple : si le roman est refusé, c’est que la maison est sélective.

Phase 1 : l'écriture du roman

Le corps du texte

Après avoir installé une petite extension LibreOffice qui permet de générer des phrases aléatoires, j’ai généré 700 phrases aléatoires. Ça représentait environ une dizaine de pages, ou 4000 mots.

 

Vu que je voulais « écrire » un roman court de 40.000 mots environ, plutôt que de générer 6.000 phrases en plus, j’ai simplement copié-collé ces premières pages jusqu’à tomber sur 40000 mots.

 

Oui, oui, passé les treize ou quatorze premières pages (après que je me sois occupé de la mise en page), le roman se répète, mot pour mot.

 

Si vous vous amusez à faire Ctrl F sur n’importe quel passage du roman vous allez voir que vous le retrouverez une petite dizaine de fois en tout !

 

Clairement, un éditeur qui lit les manuscrits qu’il reçoit s’en serait rendu compte ?

Le titre du roman

Je voulais un titre qui fasse qu’un lecteur un peu fainéant, qui s’arrêterait au premier paragraphe, se dise « OK, je comprends pas mais je m’en fous ».

 

Pour ça, une seule solution : dire qu’on fait de la poésie.

 

J’ai donc opté pour ce titre : La poésie qui nous sourit en retour

 

Et effectivement, pour rendre crédible un premier paragraphe comme celui-ci :

Sentez un peu si vous voulez monter haut, si mes forces avaient égalé la vingtième partie qui reste, si le ministre, pendant une éclaircie… Descendant du sublime où elle était de la jalousie, plongea jusqu’au fond. Il sied bien enfin à tous les plus grands poètes n’ont rien appris ? Nonobstant sa déclaration en présence du souverain, puisque la nouvelle avait dû être, par un tsar encore assez naïf pour ne pas sentir un charbon ardent. Considérant alors les manifestations de cette faculté, très utile quoiqu’un peu déparée par de gros yeux, songe que ta pauvre mère.

Il fallait au moins ça.

Les chapitres : titres et découpage

Vu que le but était de ne pas s’embêter, j’ai découpé les chapitres de manière aléatoire. Et comme j’avais toujours pas envie de m’embêter, j’ai trouvé un générateur de slogan gratuit et lui ai demandé de me générer des slogans à partir de mots clefs comme : « chanter la vie », « tractopelles », « manger ses morts » ou « sourire ».

 

Voilà quelques exemples de titres des chapitres du roman « La poésie qui nous sourit en retour » :

 

  • Chapitre 2 : Pouvez-vous vraiment vous permettre de tromper l’ennui sur le trône ?
  • Chapitre 5 : Tous les tractopelles devraient avoir ce livre pour pouvoir Manger leurs morts…
  • Chapitre 7 : X manières simples de sourire sans trop d’effort…
  • Chapitre 13 : Avis aux tractopelles qui veulent Manger leurs morts et avoir enfin Une âme karchérisée
  • Chapitre 18 : What happens next will spook you

 

À ce moment-là, même si je me marrais beaucoup, je dois vous avouer que j’étais convaincu que personne, même des maisons à compte d’auteur, voudrait publier un truc pareil.

 

Il me restait donc une chose à faire : soigner à fond la présentation.

La mise en page et le stylage

Ça, c’est la partie où j’ai dû bosser. Surtout pour découper des paragraphes, insérer de temps en temps des tirets cadratin pour donner l’impression qu’il y avait des dialogues

 

Mais le résultat est top ! Un manuscrit qui, lorsqu’on le regarde de loin avec une myopie, ressemble vachement à un futur best-seller !

Phase 2 : L'envoi aux éditeurs

Le persona

J’allais devenir Yann Martin, homme né en 87 (parce que Google, lorsque j’ai voulu créer l’adresse yann.martin@gmail.com m’a dit que c’était déjà pris et qu’il fallait que je sois yannmartin87@gmail.com) auquel il a fallu que j’invente une vie pour les éditions Persée qui étaient très curieuses :

Et je viens de me rendre compte que j’ai calculé n’importe comment l’âge de Yann, vu qu’il est censé avoir 35 ans et pas 38…

 

Mais bon, les maisons d’édition s’arrêtent pas à ce genre de détail ?

 

Niveau adresse, je me suis dit qu’un coin de campagne un peu perdu, mais pas trop, ça serait parfait. Yann vivrait donc à Lons-le-Saunier, chef-lieu de Bourgogne-Franche-Comté.

 

Et pour le numéro de téléphone, j’ai acheté un burner (avec du liquide dans un bureau de tabac ; j’avais l’impression d’être dans The Wire… ce qui en dit long sur le niveau moyen d’excitation dans ma vie, mais c’est une autre histoire ça).

La lettre de présentation

J’ai fait sobre, avec quelques envolées de mots compliqués, puis j’ai laissé entendre que j’étais un peu frustré de ne pas encore avoir réussi à trouver d’éditeur prêt à publier mon chef d’oeuvre.

Tous les sites des maisons à qui j’ai envoyé le roman proposaient un formulaire de contact pour envoyer le manuscrit, donc j’ai copié ce texte dans l’encart à chaque fois.

Petit bilan de mi-parcours

On a donc un roman qui ne veut rien dire, dont les treize premières pages se répètent en boucle et les chapitres ressemblent à des titres d’articles putaclick, mais qui présente vachement bien niveau mise en page.

(vous pouvez télécharger le pdf vous êtes curieux)

Et pour l’auteur, on a un homme pas très urbain, qui écrit « depuis tout jeune quand il était jeune », a arrêté mais a repris grâce au confinement, et est un peu frustré de ne pas trouver d’éditeur pour son roman qui est vachement poétique, drôle et intelligent.

 

Ça en fait le parfait pigeon client ça, non ?

Phase 3 : L'attente (pas très longue) des retours

Allez, on prend les paris…

 

Selon vous, dans combien des maisons que j’ai citées, le manuscrit de Yann a-t-il été accepté ?

Les éditions Maïa

J’ai un peu du mal avec une maison qui n’est pas une maison d’édition, mais une marque possédée par une asso dont on ne connaît rien des dirigeants. J’ai encore plus de mal quand cette asso informe les auteurs qu’ils ne toucheront aucun droit d’auteur sur les exemplaires vendus lors de la campagne de financement participatif, sous prétexte qu’il faut bien payer le prestataire [i.e la plateforme de financement qui prend une marge] alors que la plateforme de financement participatif, c’est eux qui la possèdent.

 

Mais tous mes griefs sont oubliés parce qu’ils ont beaucoup aimé mon roman !

Et ils l’ont tellement aimé qu’ils me relancent en plus ! Dingue, je pensais pas que ce roman aurait autant de succès.

le Lys Bleu

J’ai beaucoup aimé le Lys Bleu. Ils ont cerné avec une perspicacité incroyable le secret de mon style :

vous maniez les mots avec une telle facilité que vous ne semblez nullement et jamais obligé d’écrire.

Parce qu’effectivement, j’ai pas écrit le moindre mot de ce roman.

Que d’éloges ! Que de poésie ! Ça me touche. Mais pas étonnant qu’ils me relancent si ma « plume » leur a tant plu !

Sydney Laurent

Je suis un peu déçu par les éditions Sydney Laurent. Pas de poésie, rien qu’un mail très long (trop pour que je le colle en entier) qui me confirme que le comité de lecture a validé la qualité de mon roman, mais qu’il faudra quand même que je paye 750€ pour un correcteur agréé (question de maintenir l’image de sérieux de la maison, vous comprenez. Faudrait pas qu’on les surprenne à publier n’importe quoi non plus !)

Les éditions Vérone, de l'Onde et Persée

On va faire ensemble les éditions de l’onde, Vérone et Persée qui ne se cachent pas d’être des maisons d’édition à compte d’auteur.

 

Bon, pas de rebondissement de dernière minute : le roman a été accepté.

 

Pour ces maisons qui se disent sélectives, j’arrive même pas à imaginer à quoi peut bien ressembler un manuscrit qu’elles refuseraient de publier.

Les éditions Spinelle

J’avais un doute sur les éditions Spinelle dans la mesure où ils obligent les auteurs à acheter un stock minimum et leur propose des prestations payantes à la carte (comme une jolie couverture, une meilleure correction, leur faire un site internet, etc).

 

Mais, comme l’oblige la charte des journalistes gonzo, je dois bien rendre compte de ce qu’il s’est passé : mon roman n’a pas été retenu par les éditions Spinelle, qui m’ont retourné un très poli mail de refus.

Conclusion

En ce qui concerne les éditions Maïa, le Lys Bleu, les éditions Sydney Laurent, Vérone, de l’Onde et Persée, dans la mesure où l’absence de sens des phrases, les titres funky des chapitres et le fait que les treize premières pages se répètent en boucle ne les ont pas alarmés, on peut donc conclure que les critères de sélection concernant les manuscrits qu’ils reçoivent sont :

 

  1. Une bonne mise en page
  2.  

 

Attention, cela ne veut pas dire que ce sont de mauvais éditeurs qui s’en foutent de ce qu’ils publient tant qu’ils peuvent ponctionner de l’argent aux auteurs ou à leurs proches. Non, ça veut juste dire qu’ils ne sont pas très sélectifs. Mais, si ça se trouve, ce sont de très bons prestataires de service.

 

En ce qui concerne les éditions Spinelle, je ne peux pas dire que je trouve correct le fait de proposer une carte de services supplémentaires et payants aux auteurs. Mais au moins, ils ont l’air de lire ce qu’ils reçoivent.

 

En tout cas, à vous tous qui avez lu cet article et désespérez probablement de trouver un éditeur, je vous souhaite bon courage et bonne chance. C’est déjà assez dur de terminer un roman, puis de le retravailler jusqu’à en être satisfait… Chercher ensuite un éditeur dont la ligne correspond, tout en évitant les moins sélectifs d’entre eux, c’est une épreuve dont on se passerait bien.

 

Mais c’est le jeu. Alors bon courage.

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