L’arc de développement des personnages

« Mais Marie n’était plus aussi naïve qu’auparavant... » Ah bon ? Depuis quand ? Dans cet article, on vous explique comment faire évoluer vos personnages sans que cela semble sortir de nulle part. De rien !
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

L’arc de développement des personnages

« Mais Marie n’était plus aussi naïve qu’auparavant... » Ah bon ? Depuis quand ? Dans cet article, on vous explique comment faire évoluer vos personnages sans que cela semble sortir de nulle part. De rien !

L’arc de développement des personnages

« Mais Marie n’était plus aussi naïve qu’auparavant... » Ah bon ? Depuis quand ? Dans cet article, on vous explique comment faire évoluer vos personnages sans que cela semble sortir de nulle part. De rien !
arc de développement symbolisé par des chrysalides

Pourquoi faire évoluer son personnage ? La question peut paraître stupide posée comme cela, mais comment bien gérer son arc transformationnel ? Comment effectuer des changements profonds en lui ainsi que dans sa manière d’observer et d’interagir avec le monde ? Existe-t-il des règles ? Des méthodes ? Plus encore, comment rendre ces changements vraisemblables et convaincre le lecteur qu’ils ne sortent pas de nulle part ?

C’est de tout cela que nous allons discuter aujourd’hui.

Pourquoi faire évoluer son personnage ?

Commençons effectivement par le commencement : pourquoi faudrait-il faire évoluer un personnage ?

La première raison me semble se trouver dans la nature même du roman. Qu’il s’agisse d’une œuvre de SF ou d’un polar, le roman s’inspire du vivant, de ce qui entoure l’auteur en permanence. Et le vivant évolue. Tout évolue de manière permanente autour de l’auteur et dans la vie en règle générale. Cela paraît peut-être un peu abstrait dit comme cela, mais comme le roman prend sa source dans un matériau en perpétuelle évolution, il me semble naturel que sa propre matière, dont les personnages font partie intégrante, évolue elle aussi.

Outre cette considération, l’évolution d’un personnage a le plus souvent rapport à sa fonction dans le roman.

La fonction des personnages.

Tout personnage est doté d’une fonction dans le roman. Cette fonction aura rapport à la progression du ou des personnages principaux dans l’intrigue, qu’il s’agisse de l’aider, de le ralentir, de lui présenter des événements dont il ne peut pas avoir connaissance, etc. Si je parle ici de rapport au personnage principal, c’est parce que la progression de l’intrigue est indépendante de lui. Que le personnage ne puisse plus rien faire, qu’il soit en proie au doute ou paralysé par la peur importe peu : le scénario avance inexorablement.

Pourtant malgré la fonction qui lui a été attribuée au sein du roman, un personnage n’est pas nécessairement capable de la remplir dès sa première apparition. Prenons par exemple un roman dystopique. La jeune Marie découvre la réalité du système qui l’entoure et souhaite la dévoiler au monde entier par le biais d’un discours. Son vieil ami Georges a justement toutes les compétences nécessaires à la diffusion dudit message, mais sa nature craintive, voire peureuse, l’empêche d’aider réellement Marie. Il ne peut donc pas diffuser le message, Marie ne peut pas faire son discours, le roman ne peut pas avoir la fin désirée.

C’est dans ce genre de configuration que l’évolution d’un personnage semble particulièrement nécessaire. Mais comment ?

L’arc transformationnel du personnage.

Derrière ce nom quelque peu barbare se cache un phénomène assez simple, ainsi que la réponse à la question posée juste avant. Un arc transformationnel (ou de développement) c’est un ensemble d’événements qui vont changer le personnage dans sa manière d’être, percevoir et/ou interagir avec le monde extérieur. Mais reprenons plutôt le cas de Georges.

Georges est un ami d’enfance de Marie. C’est un garçon intelligent, amical, mais définitivement trouillard. Lorsque Marie lui a parlé de la conspiration, il n’a pas accepté de l’aider par conviction, mais surtout pour avoir l’œil sur elle. Il est le seul à disposer de toutes les compétences pour la diffusion du discours final, sans pour autant y être prédisposé.

L’une des possibilités pour changer cet état d’esprit serait de le faire capturer (et pourquoi pas torturer) par le régime. Cette situation pourra vraisemblablement le convaincre des dires de Marie (ainsi que le lecteur) et donc l’amener à se rallier à sa cause. Attention, Georges ne deviendra pas un exemple de courage pour autant. Il n’ira pas se battre en première ligne et ne deviendra pas l’un des visages de la résistance. Il remplira simplement sa fonction première.

Ces arcs ne sont pas toujours nécessaires.

Il me semble nécessaire de rappeler avant de poursuivre que tous les personnages n’auront pas besoin d’un arc de développement. Il est même probable que ce ne soit pas le cas pour la majorité d’entre eux. Cela s’applique par exemple à la figure du mentor. Sa fonction sera de former un ou plusieurs personnages, de représenter un but à atteindre, etc. Cet archétype de personnage n’a, par essence, pas la nécessité d’évoluer. Il vous est possible de le faire, mais il est apte à remplir sa fonction dès sa première apparition dans le roman.

Les caractéristiques des arcs de développement.

Vous vous en doutez, les arcs de développements ne sont pas tous les mêmes. Il existe différentes variables qui permettent de les identifier et donc de choisir l’arc le plus approprié à votre personnage.

La question de la taille.

La taille de l’arc de développement dépend principalement des changements que l’on souhaite opérer chez le personnage et donc de l’ensemble d’événements qui doivent lui arriver.

L’arc de développement que nous avons évoqué plus tôt, celui de Georges, peut être relativement court. Une dizaine de pages (en format de poche) pourraient largement suffire à narrer sa capture et sa vie en prison, qu’elles soient présentées d’un bloc ou en plusieurs. Ça n’est pas le cas de tous les arcs transformationnels.

Prenons le cas de Marie. Marie est initialement une jeune femme rebelle, légèrement réfractaire au système, et vous désirez l’amener à devenir le visage de la révolution, une leader accomplie. Pour cela, il est nécessaire de lui faire découvrir la réalité du régime, de la mettre en proie à de vrais doutes, de lui faire subir des échecs. Elle devra trouver une équipe, mais aussi réaliser qu’elle n’est pas l’incarnation de sa cause et que cette dernière la dépasse complètement.

Ça n’est pas quelques pages qui le permettront, mais probablement la quasi-totalité du roman. On se trouve dès lors face à un arc de développement extrêmement long.

Différents types d’arcs de transformation.

Dans un premier temps, j’aimerais aborder la classification que j’ai le plus croisée sur le net au cours de mes recherches. Elle consiste en une liste des arcs de développement selon leur effet sur le personnage. On se retrouverait alors avec :

→ Les arcs positifs, qui aident le personnage à s’améliorer, à être plus en phase avec lui-même (les arcs de Georges et Marie typiquement).

→ Les arcs négatifs, qui renferment le personnage et le font tendre vers l’égocentrisme. Il s’agira donc de l’isoler des autres personnages et de l’éloigner de ses valeurs.

Ce pourrait être le cas de Julien, un ami de Marie et Georges. Julien est amoureux de Marie, mais il est persuadé que Georges se met en travers de la relation. Il se détachera doucement de ses amis avant de rejoindre leurs ennemis en dénonçant Georges.

→ Les arcs neutres, qui représentent une non-évolution du personnage, un moment de la narration où il est celui qui influe sur les autres (cette dernière catégorie me semble déplacée puisque s’il n’évolue pas, alors le personnage n’est tout simplement pas dans un arc transformationnel – comme le cas du mentor évoqué plus tôt).

Bien que cette classification soit fonctionnelle, je ne la trouve pas tout à fait appropriée. En effet, elle me semble être une catégorisation a posteriori : elle montre les types d’arcs de développement qui seront perçus par le lecteur, plus que ceux que l’auteur va utiliser pour rapprocher le personnage de l’accomplissement de sa fonction.

Un premier problème s’est posé lorsque j’ai essayé de déterminer une classification plus utile pour un auteur. J’étais persuadé que les arcs de développements se divisaient entre ceux visant à changer les actes des personnages, et ceux visant à en changer les sentiments.

Il y avait donc :

→ La modification des actes, qui passait un ensemble d’événement qui visait à modifier dans un premier temps les sentiments du personnage et donc « ce qu’il ferait ». Typiquement, le cas de Georges.

→ La modification des sentiments, qui passait par un ensemble d’événements qui entraveraient ou forceraient les actes du personnage. De ce fait, ses sentiments ne pourraient qu’évoluer. Typiquement, le cas de Georges.

Comme vous le remarquez sûrement, ces deux « arcs » ne sont en fait qu’un enchaînement l’un de l’autre : des événements extérieurs modifient les actes (ou les sentiments), qui modifient l’autre et ainsi de suite dans un effet boule de neige de plus en plus irrémédiable. Les changements s’entraînent l’un l’autre et s’accélèrent pour précipiter le personnage vers la fin de son arc de développement.

Modifier les actes ou les sentiments ne détermine donc pas des « types d’arcs de transformation », mais plutôt un système qui leur est interne. Comme ils s’entraînent l’un l’autre, il peut être intéressant de chercher quel est l’angle d’attaque à choisir pour chaque personnage (celui qui serait le plus efficient disons) pour entamer son arc de développement.

Cette nouvelle classification ne convenant pas, je me suis concentré sur le cœur des arcs de développement : les personnages. Quels personnages ont besoin d’un arc de transformation ? Existe-t-il des types généraux ?

Je me suis rendu compte qu’il y avait, en règle générale, deux types de personnages éligibles. On a d’un côté ceux qui ne possèdent pas les aptitudes nécessaires à l’accomplissement de leur fonction et ceux qui n’y sont pas disposés. On pourrait dire plus grossièrement qu’il y a ceux qui ne peuvent pas et ceux qui ne veulent pas.

→ Le problème des aptitudes. Cette première catégorie concerne les personnages qui désirent agir, mais n’en ont pas la capacité. Il sera donc nécessaire d’amener le personnage à réaliser sa propre impuissance. En effet, si certains personnages ont conscience de leur insuffisance dès leur première apparition dans le roman, ça n’est pas le cas de la plupart d’entre eux. De nombreux personnages n’ont pas encore conscience de ce qu’il leur manque pour remplir leur rôle.

La meilleure méthode, à mon sens, est dans un premier temps de mettre indirectement le personnage face à sa propre inaptitude, à travers le jugement d’un autre personnage par exemple. Cette information, acceptée ou non, permettra d’amorcer l’arc de développement. Il faudra ensuite mettre le personnage face à un échec cuisant et/ou une suite d’échecs moins importants. Ces échecs forceront le personnage à réaliser pleinement ses lacunes et lui permettront de chercher sincèrement à développer les compétences dont il a besoin.

Dans notre exemple, on pourrait prendre le cas de Marie. La jeune femme souhaite dénoncer le parti au pouvoir et se révolter dès qu’elle en découvre la réalité. Mais Marie n’est ni charismatique, ni particulièrement apte à prendre tant le contrôle que les responsabilités qu’impliqueraient une révolte. Il faudra donc la confronter à des échecs (la capture de Georges par exemple, mais aussi un refus de ses alliés de la suivre dans un plan peu réfléchi) pour qu’elle prenne conscience de tout ce qu’il lui manque avant de pouvoir mener sa révolte. Elle serait ainsi apte à prendre du recul sur elle-même et cherchera à peaufiner (ou même acquérir) ses compétences de leadership, de stratège, etc.

→ Le problème de la disposition. Contrairement au cas précédent, ces personnages sont en possession de plus ou moins toutes les compétences nécessaires à la réalisation de leur fonction. Le véritable problème dans leur cas est qu’ils ne feraient jamais l’action en question. Ce peut-être par peur, par orgueil, par honte, par manque de confiance, etc. ce qui importe c’est qu’ils ne la feront pas.

Il existe selon moi deux manières principales de faire évoluer ces personnages. La première manière consiste à leur montrer l’absurdité de leur absence d’action. Est-ce qu’ils n’agissent pas par principe, ou seulement par ce que cela les mettrait dans une situation inconfortable à leurs yeux ? Cette méthode s’applique principalement aux personnages ayant un caractère très affirmé. Pour se faire, il me semble tout à fait viable de mettre le personnage face à ce qu’il perd et/ou n’obtient pas quand il agit de la sorte.

Dans notre exemple, cette méthode s’applique à Julien. Quelle est la fonction de ce personnage ? Définitivement de faire capturer Georges pour amener ce dernier à commencer son propre arc de développement. Il s’agira donc d’amener Julien à reconsidérer sa position vis-à-vis de son ami : est-il vraiment son ami ? Que veut il ? Il faudra donc donner à Julien l’impression que Georges cherche surtout à entraver la possible relation entre Marie et lui (une conversation mal comprise, un conseil mal-avisé de Georges, etc.). Ainsi, une fois au courant de la réalité du parti, il sera apte à dénoncer Georges de peur de ne jamais avoir Marie à ses cotés et maintenant persuadé que la fin justifie les moyens.

La seconde méthode implique de montrer au personnage la nécessité de leur intervention. Il faut qu’ils fassent, personne d’autre ne le peut. Ils sont la clef du problème. Cette méthode-ci s’appliquera selon moi à des personnages au caractère peu affirmé, le genre soit persuadé qu’ils ne sont pas capables d’aider, soit que les retombées négatives de leurs actions seront plus grandes que leurs bénéfices.

La seconde méthode concerne clairement Georges puisqu’il peut dès le départ aider Marie, mais n’ose pas le faire car cela va à l’encontre de ses valeurs (et quoi de plus normal étant donné qu’il a été éduqué dans le système politique du parti). Capturé par le parti et confronté à la violence de ce dernier, le jeune homme pourra développer la résolution nécessaire pour rejoindre Marie et la révolte.

La principale différence entre ces deux types d’arc transformationnel réside finalement dans ce que l’on veut montrer au personnage. Les personnages qui « ne peuvent pas » doivent comprendre qu’il y a en eux quelque chose qui ne convient pas, tandis que les personnages qui « ne veulent pas » doivent être amenés à comprendre qu’il y a quelque que chose à changer dans le monde extérieur. Dans un cas comme dans l’autre, cela passe tout d’abord par des suites d’événements qui sont extérieurs au personnage et qui peuvent aller de la simple discussion à l’échec cuisant. Ces événements vont créer chez le personnage un désir de changement (qu’il soit en lui ou hors de lui) et l’amener à évoluer.

Bien entendu, chaque arc de développement est fondamentalement différent. Il me semble d’ailleurs impossible de créer une classification très précises des arcs de développement, puisqu’ils sont conditionnés tant par le personnage que par la nature du roman (romance, aventure, enquête, etc.). Néanmoins l’utilisation conjointe de ses trois classifications me paraît proposer une grille de lecture suffisamment précise.

Un ou plusieurs arcs de transformation ?

Cela dépend de comment l’on pose la question.

Plusieurs personnages peuvent avoir leur propre arc de développement. Cela me semble même nécessaire lorsque l’on a plusieurs personnages principaux (ou un principal et des personnages secondaires très importants). Dans notre exemple, Marie, Georges et Julien ont chacun leur arc transformationnel. Cela permet d’ailleurs d’illustrer que malgré une situation initiale similaire, les trois jeunes gens n’évoluent pas de la même manière. De plus, leurs arcs s’entrecroisent. L’arc de développement de Julien l’amènera à dénoncer Georges, ce qui entraînera le commencement du sien. Pendant que Georges est enfermé, Marie se trouve en proie au doute et évolue elle-même.

Néanmoins, un même personnage ne subit, à mon sens, qu’un seul arc transformationnel. Cet arc peut bien entendu être décomposé. Prenons Marie : découverte de la vérité du système, recherche d’une équipe, doutes dus à la disparition de Georges, réalisation que la cause la dépasse. Cet ensemble de microarcs de développement ne sont n’en sont en réalité qu’un seul : faire de Marie la leader de la révolution.

Pour conclure ?

Si l’on veut faire évoluer un personnage de manière vraisemblable, alors il faut recourir à un arc transformationnel. Cet arc est en fait l’ensemble des événements qui arriveront au personnage et qui l’amèneront à changer sa manière d’être et d’agir. Ces arcs sont de tailles et fonctions variables, mais, à mon sens je le rappelle, un même personnage n’en aura qu’un seul.

Je me permets, en guise de conclusion, de dire qu’il est nécessaire qu’un ou plusieurs de vos personnages subissent un arc de développement. Puisqu’ils ont rapport à la fonction du personnage dans le roman, ces arcs permettent de débloquer la situation initiale et de permettre le dénouement. En leur absence, votre intrigue (qu’elle soit policière, amoureuse, fantastique, etc.) n’a pas lieu d’être puisque sa résolution est possible dès le début. On se retrouve alors avec un roman plat. Il peut être plein de beauté, de grandeur, de puissance, mais il restera plat.

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