La figure de l’acolyte

Un personnage principal a peu de chance d'être seul. On vous parle ici de la figure de l'acolyte et de ses utilisations possibles. De rien !
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

La figure de l’acolyte

Un personnage principal a peu de chance d'être seul. On vous parle ici de la figure de l'acolyte et de ses utilisations possibles. De rien !

La figure de l’acolyte

Un personnage principal a peu de chance d'être seul. On vous parle ici de la figure de l'acolyte et de ses utilisations possibles. De rien !
Une collection de livres sur l'acolyte

Bon, un roman est généralement composé d’un ou plusieurs personnages principaux autour desquels gravitent de plus ou moins nombreux personnages secondaires. Parmi tous ces personnages (principaux et secondaires) se trouve une figure plutôt classique, et très souvent mésestimée : l’acolyte.

Vous l’aurez compris : aujourd’hui nous allons parler de l’acolyte (le compagnon, pas le prêtre), tant de son rôle que de ses potentielles utilisations.

C'est quoi, un acolyte ?

Commençons par le commencement : c’est quoi, un acolyte ? La réponse est plutôt simple : l’acolyte est un personnage que l’on accole à un autre personnage (souvent le principal), généralement très tôt dans le roman, voire même avant dans certains cas. Ils braveront la plupart des péripéties du roman ensemble, nouant ou renforçant ainsi une amitié de plus en plus forte.

Dans un bon vieux roman de fantasy, on pourrait avoir Klark, le jeune paysan héroïque un peu trop téméraire et prêt à braver tous les dangers de la Citadelle interdite, et son acolyte Thosus, le fils du forgeron du village, qui n’est pas particulièrement prêt à braver tous les dangers du roman, mais qui désire partir à l’aventure avec Klark et s’assurer que ce dernier ne mourra pas au premier brigand venu.

Ils traverseront le roman ensemble, rencontreront de nouveaux personnages, alliés comme ennemis, visiteront des lieux hauts en couleur ou d’une tristesse accablante, affronteront maintes créatures qu’ils n’auraient jamais pu imaginer.

De grands traits de caractère se retrouvent généralement chez les acolytes. On peut compter :

— De la bienveillance envers le personnage principal.

— Un rattachement assez fort envers la catégorie des MM. Toutlemonde.

— Un manque de connaissance envers l’univers de votre roman.

Ne vous inquiétez pas, on va reprendre ces trois points au travers des trois grandes fonctions possibles pour l’acolyte.

1. L'accompagnement

L’acolyte de votre personnage principal (ou d’un autre d’ailleurs) a une fonction d’accompagnement, pour commencer. Il peut vous permettre de définir le personnage qu’il suit (et lui-même) par la masse d’interaction qu’ils auront. Par exemple lors de la première nuit de Klark et Thosus loin de leur village, de leur découverte de Nostra, une ville marchande, etc. etc.

Il vous permettra aussi, toujours dans cette même fonction, d’avoir deux personnages pour votre narration. À moins que vous ne désiriez confronter votre personnage principal seul à toutes les aventures du début de votre roman, avoir deux personnages aidera votre lecteur à se glisser plus aisément dans votre histoire. Ce dernier pourra en effet s’identifier un peu plus à l’un ou à l’autre selon les correspondances avec son caractère.

2. La comparaison

On en arrive à la fonction profonde des acolytes. Puisqu’ils sont toujours assignés à un autre personnage, les acolytes ont généralement une fonction comparative dans le roman où ils se trouvent. Ils permettent de montrer la différence flagrante qu’il existe entre eux et leur personnage principal.

C’est d’ailleurs à cela que sert le rattachement à M. Toutlemonde dont nous parlions un peu plus tôt. L’acolyte est la représentation des personnes lambda issues de leur milieu. Il n’est pas plus fort, pas plus malin, pas plus habile, pas plus intelligent, etc. Il aura peut-être un trait plus développé que M. Toutlemonde, mais ça s’arrêtera là.

Ce rattachement et la fonction comparative de l’acolyte permettent la mise en valeur (positive ou négative) du personnage qu’il accompagne.

Votre lecteur comparera nécessairement ces deux personnages qui gravitent toujours l’un avec l’autre. De fait, en opposant un M. Toutlemonde à un personnage de type « principal », c’est probablement ce dernier qui jouira d’un paquet de superlatifs dans la tête de votre lecteur.

Un lecteur comprendrait rapidement en lisant leur premier combat que Klark est plus fort que Thosus, plus malin que la normale, etc.

3. L'ignorance

Une autre grande fonction de l’acolyte, optionnelle celle-ci, est celle de l’ignorance.

Je ne sais pas quel type de roman vous souhaitez écrire, mais vous connaissez sûrement ces personnages (souvent des enfants ou des étrangers) qui semblent débarquer d’on ne sait où et servent à l’auteur à poser les grandes bases de son univers et de sa trame. Ce qu’il se passe actuellement dans le roman, en somme.

Un acolyte peut tout à fait remplir cette fonction, d’autant plus si vous désirez que votre personnage principal brille (quitte à le rendre insupportable) par ses connaissances.

Klark pourrait savoir que maître de la Citadelle interdite est un tyran, avoir conscience des rumeurs selon lesquelles il verserait dans les arts occultes, mais aussi qu’un peuple à l’Est continue de s’opposer à son règne, etc. Au contraire de Thosus qui ne comprendrait pas très bien pourquoi ils font ce qu’ils font.

Cette fonction d’ignorance pourrait d’ailleurs être densifiée par le fait que l’acolyte est très proche de M. Toutlemonde (du moins au départ du roman) tant dans ses capacités que dans sa pensée. Il pourrait donc être en proie aux préjugés et biais cognitifs classiques de l’univers de votre roman (qu’il soit réaliste, de SFFF, etc.) pour les illustrer au mieux.

Évidemment, cette fonction n’est pas nécessairement portée par l’acolyte. Elle pourrait être assumée par votre personnage principal, par les deux ou même aucun d’entre eux.

4. La raison de l'évolution

Dernière des grandes fonctions de l’acolyte, tout aussi optionnelle que la précédente, celle de moteur de l’évolution du personnage principal.

Comme il accompagne en permanence – ou presque – le personnage auquel il est assigné, l’acolyte le voit sous toutes ses coutures : joie, grandeur, faiblesse, colère, doute, etc. De ce fait, et parce qu’il est pour ainsi dire aux premières loges, l’acolyte pourra sans mal influer sur le processus d’évolution du personnage.

Thosus pour conseiller Klark, le rassurer ou encore s’opposer à lui certaines fois.

Toutes interactions auront pour objectif – que ce soit le vôtre ou celui de votre acolyte – d’aider le personnage principal à se rapprocher de ce qu’il devra être pour dénouer l’intrigue de votre roman, et donc lui donner une fin.

Cinq utilisations possibles !

Bien. Maintenant qu’on a vu à peu près ce qu’était un acolyte, intéressons-nous aux utilisations que l’on pourrait en faire. Si l’on a un acolyte dans son roman, autant en faire quelque chose d’autre qu’une potiche qui se déplace avec le personnage principal et porte ses affaires… À moins que ?

Un point important à souligner avant d’attaquer les cinq utilisations possibles de l’acolyte : elles ne sont pas figées. Elles peuvent être liées les unes aux autres, s’entrecroiser pour créer un personnage complexe et complet.

1. L'acolyte évolue moins vite

La première utilisation possible de l’acolyte se trouve au confluent entre l’acolyte accompagnateur et le comparant.

Les aventures de nos deux personnages le pousseront nécessairement à évoluer. Dans notre exemple, il y a de grandes chances que Tholus, au bout de la cinquième escarmouche avec des bandits, apprenne à se battre. Il pourra même être plutôt bon, mais jamais autant que Klark.

L’acolyte développera des compétences communes avec votre personnage principal, il s’illustrera à un moment ou à un autre, mais plus tardivement ou avec probablement moins de panache (par comparaison, attention).

2. L'acolyte se développe pour pallier au personnage principal

Que ce soit conscient ou non, l’acolyte peut se développer dans un sens distinct de son personnage principal afin de pallier à ses faiblesses.

Votre personnage principal est un gros dur ? Son acolyte pourrait tranquillement devenir l’esprit fin qui prendra le relais lors de certaines conversations un peu trop éclairées pour votre personnage principal. Ce pourrait-être le cas de Thosus, par exemple.

Bon, l’exemple est un peu simple, j’en conviens. Thosus pourrait aussi devenir un archer si notre exemple est un bon vieux roman d’aventures épique. Mais ça n’est pas ce qui nous importe.

Ce qui nous importe, c’est qu’en palliant les faiblesses (techniques, mentales ou morales) du personnage principal, l’acolyte est valorisé.

Il acquiert un sens nouveau dans le roman et une importance réelle. Le binôme pourra alors gagner en polyvalence et en cohésion tout au long de votre roman (ça n’est pas seulement parce qu’ils sont amis qu’ils restent ensemble, ils ont effectivement besoin l’un de l’autre), tout en conservant leurs rôles originels de personnage et acolyte.

La fonction de comparant de l’acolyte pourra continuer d’exister, mais elle sera bien plus nuancée que dans l’utilisation précédente.

3. L'acolyte devient l'ennemi du personnage principal

Si c’était la fonction de comparant qui se trouvait diminuée dans le cas précédent, celui-ci amoindri voir supprime celle d’accompagnant.

Vous pouvez en effet choisir que l’acolyte de votre personnage glisse lentement vers un camp adverse. Que cela passe par de la manipulation, une possession, une révélation, etc. le résultat restera le même : l’acolyte quittera (volontairement ou non) le personnage à qui il était associé initialement.

Les sbires de la Citadelle interdite pourraient très bien insinuer en Tholus l’idée que leur maître est dans son bon droit et que ce sont en réalité les rebelles – dont Klark fait partie – qui mettent en péril la population (ce qui n’est, en soit, pas complètement faux me direz-vous).

La fonction de comparant deviendra alors prépondérante, principalement sur le plan moral. Les actions du personnage et de son ancien acolyte seront nécessairement passées au crible du jugement de votre lecteur.

Ce changement de camp, non content de créer une indépendance certaine chez l’acolyte, pourra faire réaliser à son ancien camarade combien il était important et combien il a en réalité besoin de lui.

Cette réalisation pourra être le nœud d’un arc de développement de votre personnage, mais aussi créer chez lui un nouvel objectif : ramener son acolyte à la raison.

4. L'acolyte s'efface lentement

Quatrième et avant-dernier emploi de l’acolyte, son effacement progressif, souvent au profit d’autres personnages.

Votre acolyte pourrait tout à fait ne se développer dans aucun des sens précédemment évoqués et de fait, laisser sa place à d’autres personnages plus à même d’aider le personnage principal.

Attention ! Cela ne signifie pas forcément qu’on ne le recroisera plus jamais dans le roman. Thosus pourrait par exemple rester en arrière, à la base des rebelles, et réapparaître de temps à autre.

Les réapparitions d’un acolyte effacé peuvent tout à fait servir à montrer la vie de ceux qui ne sont pas en permanence avec les personnages principaux (et donc faire office de pauses dans votre intrigue). Mais elles peuvent également survenir à un moment critique pour votre personnage (cas de conscience, doutes, etc.).

Dans cette configuration, l’ancien acolyte pourra aider votre personnage à y voir plus clair ou encore à se souvenir de qui il est, et ce en vertu de leur relation passée.

Il est d’ailleurs bon de noter que, si elle semble annuler la quatrième fonction de l’acolyte – celle de moteur – cette utilisation peut aussi la concentrer et l’épaissir lors des rencontres entre l’ancien acolyte et le personnage.

5. L'acolyte meurt

Dernière grande utilisation de l’acolyte à mon sens : sa mort. Tuer un acolyte aura des conséquences fortes pour le personnage auquel il était assigné.

Cela aura tendance à renforcer les convictions du personnage en question. Son acolyte est mort et il doit continuer la lutte pour lui (ou l’absolu contraire : il faut cesser cette folie). Mais ça n’est là que l’étape finale de ce que créera la mort de l’acolyte.

Il y a fort à parier que le personnage principal traverse une puissante période de doute avant d’en arriver là, qu’il prenne sur lui la faute. Après tout, c’est lui que l’acolyte suit depuis le début, lui qui ne voulait pas forcément s’engager dans une telle quête.

Ces doutes, ainsi que la cassure opérée dans l’esprit du personnage principal, ne seront probablement que renforcés s’il tue lui-même son acolyte (toujours allié ou devenu ennemi, dans des circonstances que je vous laisse déterminer). Ils engageront, ou confirmeront, une évolution chez votre personnage principal, de sorte à le rapprocher de ce qu’il devra à être à la fin du roman.

Pour conclure ?

L’acolyte est initialement affecté à un autre personnage. Il possède deux grandes fonctions : celle d’accompagnant du personnage et celle de comparant. Il peut également revêtir celle du personnage ignorant grâce auquel l’auteur peut présenter « ce qu’il se passe » au lecteur, ou encore de moteur de l’évolution du personnage auquel il est assigné.

Les acolytes peuvent être utilisés de plusieurs manières, selon la fonction que vous désirez illustrer le plus. Un développement moins rapide que le personnage principal laissera l’acolyte dans la pleine ambivalence de son rôle, tandis qu’un développement inaccessible au personnage principal ou un passage dans le camp adverse le centreront plus sur une seule des deux fonctions (respectivement accompagnant ou comparant).

Les deux autres utilisations (l’effacement et la mort) auront plus rapport à d’autres personnages, la première laissant tout de même place à de potentielles réapparitions de l’acolyte.

Pour finir, j’aimerais simplement dire qu’un acolyte peut tout à fait servir d’interface entre votre lecteur et votre intrigue. Il conserverait alors ses fonctions classiques d’acolyte, mais ce serait sur lui que se focaliserait le narrateur, par exemple. Il ne serait pas le personnage central de votre intrigue, mais celui de votre roman.

Et vous, êtes-vous familiers des acolytes et, si oui, qu’en-faites vous ?

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