Les figures de style #2 : L’oxymore

C’est quoi ? À quoi ça sert et comment on l’utilise ? Yes, on répond à toutes ces questions dans l’article.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur email
Nicolas Parisi
Nicolas Parisi
Cofondateur du Club, auteur de nouvelles parues dans diverses revues, je m’intéresse particulièrement à la stylistique et ses applications pratiques à l’écriture. En lire plus

Les figures de style #2 : L’oxymore

C’est quoi ? À quoi ça sert et comment on l’utilise ? Yes, on répond à toutes ces questions dans l’article.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur email

Les figures de style #2 : L’oxymore

C’est quoi ? À quoi ça sert et comment on l’utilise ? Yes, on répond à toutes ces questions dans l’article.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur email
festina lente

Cette semaine, vous avez décidé que l’on ferait un article sur l’oxymore ! Pourquoi ? Potentiellement parce que le nom est joli, potentiellement parce que vous êtes fan de « clair-obscur » dans les peintures ou de sauce « aigre-douce » dans les restos chinois…


Alors c’est parti, on conserve le même plan : une première partie dans laquelle on rappelle ce qu’est un oxymore et à quoi ça sert, avant de plonger dans la théorie et la grammaire dans la seconde partie !

C’est quoi un oxymore ?

Un oxymore est une figure de style qui consiste à coller au sein d’une même proposition deux termes qui semblent pourtant contraires.


Cette idée de « contraire » est centrale dans l’oxymore. Il faut que les deux termes s’excluent mutuellement. Si je vous dis que « cette sous-partie détaille une vérité bleue de l’oxymore », dans ce cas on a une hypallage : « bleue » et « vérité » n’ont rien à voir, mais ne s’excluent pas mutuellement.

Si par contre je vous dis que « cet article détaille une fausse vérité de l’oxymore », là on a un oxymore. En effet, « fausse » et « vérité » sont des contraires qui s’excluent mutuellement.
Pourquoi je vous parle de fausse vérité alors ? Eh bien parce que la question du contraire n’est pas absolue (mais on verra ça un peu plus loin).

 

Et pour l’anecdote (et parce que, en tant que fan que stylistique, j’aime quand la forme supporte l’idée), vous saviez que le mot « oxymore » est, en lui-même, un oxymore ?

  • « Oxy- » → « Oxus » → aigu, piquant (à comprendre au sens de affuté/malin)
  • « -more » → « Môros » → idiot

 

Un oxymore est donc un trait d’esprit idiot ou une ânerie pas conne. Un oxymore est donc… un oxymore (y a que moi que ça enjaille ?).

À quoi ça sert ?

Comme toutes les figures de style, l’oxymore ne sert pas qu’à faire joli. On va donc passer en revue les différentes fonctions qu’il peut remplir !

Faire joli

Et même si il ne sert pas qu’à ça, il faut bien reconnaître qu’un bon oxymore, ça fait son effet. On arrive, avec seulement deux mots, à générer une idée, dans l’esprit du lecteur, qui aurait nécessité trois paragraphes de développement pour être autrement intelligible. Si dire en deux mots quelque chose d’aussi complexe n’est pas poétique, je ne sais pas ce qu’est la poésie.

 

Mais ça n’est pas la seule raison qui fait que l’oxymore génère une sensation de « beau ». À la différence de l’antilogie, l’oxymore ne met pas en évidence une absurdité ou un paradoxe, mais la coexistence paradoxale de deux contraires.


Par un simple assemblage de deux mots qui s’excluent, l’oxymore génère une réalité autre dans laquelle ces deux choses existent, en même temps, alors que l’existence de l’une est censée interdire l’existence de l’autre.


Ça donne presque un effet de vertige, comme si l’on découvrait que le monde dans lequel on vit, que l’on a — historiquement, culturellement et personnellement — cartographié par les mots, était en fait beaucoup plus étendu que tout ce que le logos était jusque là parvenu à embrasser.

Dire l'indicible

L’oxymore tente de nommer ce qui par défaut ne semble pas pouvoir être nommé. Comment une chose peut-elle être à la fois elle-même et son contraire ? C’est une figure de l’impossible qui intervient là où la langue ne parvient pas à nommer la chose.


Ce qui est intéressant, c’est que beaucoup d’oxymores, initialement utilisés dans ce but de « dire l’indicible », sont par la suite devenus des éléments de langage courant. On parlait de « clair-obscur » en peinture et de la sauce « aigre-douce », mais on a plus récemment vu émerger la notion de « réalité virtuelle ». C’est ce qu’on appelle des oxymore discrets.

Illustrer un conflit interne

La première personne de l’histoire à avoir expérimenté le concept de masochisme a dû être très surprise en ressentant une « exquise douleur », parce que ces deux termes n’ont rien à faire ensemble et, pourtant, illustraient parfaitement ce qu’elle pouvait ressentir à ce moment entre deux coups de fouet.


Ça, c’était pour l’exemple fun. Mais dans la pratique, vos personnages sont sûrement animés par des conflits internes (moins triviaux que celui précédemment évoqué), qu’un oxymore illustrera beaucoup mieux que de longs passages explicatifs.


Paul, l’un des personnages secondaires de votre roman, veut devenir le meilleur mangeur de pizza du monde. Il a tout sacrifié pour en arriver là où il est aujourd’hui. Mais, juste avant le début du Championnat du monde des mangeurs de pizzas, il découvre que sa némésis, un japonais de 300 kilos du nom Fatasshi, prévoit de tricher lors de l’épreuve. Paul n’a aucun moyen de prévenir les autorités compétentes ou de gagner dans ces conditions. Il faut savoir qu’à ce moment-là de sa vie, Paul mange des pizzas tous les jours depuis 15 ans. Il a du diabète, des problèmes cardio-vasculaires et de l’acné, s’est aliéné toutes les personnes dont il était proche parce qu’il refusait de faire autre chose avec eux que d’aller manger chez « Pizza Dino » et a laissé tomber l’idée d’être un jour heureux depuis longtemps. Une seule chose importe : la victoire à tout prix. Alors, lorsqu’il se résout à tricher lui aussi, il ressent un genre de « honte déterminée ».

Superposer les ressentis au réel

Un oxymore peut aussi permettre d’exprimer la perception qu’ont vos personnages d’une chose. Mettons qu’un de vos personnages est particulièrement triste ou déprimé. Quelque chose de communément reconnu comme étant beau — un lever de soleil par exemple — pourra lui apparaîtra moche. Et pour éviter de dire « un moche lever de Soleil », on pourra dire « un sombre lever de Soleil » (parce que ça fait plus poétique et contient une contradiction plus forte : lumière VS ombre).


Cela permet d’éviter d’expliquer, par une périphrase, la déconnection entre le réel et ses perceptions tant ses émotions sont fortes.

Ouvrir un concept logique

L’utilisation d’un oxymore dans le cas où l’objet décrit est une idée ou un concept permet aussi d’élargir le concept en question et d’amener des pistes de réflexion qui, par défaut, n’étaient pas explorables car contraires au concept en question.


J’ai fait l’expérience avec l’idée de « inégalité équitable ». Qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir décrire ? Je me suis dit.
Et puis j’ai imaginé une course : un 100 mètres en sprint où mes adversaires seraient un enfant asthmatique de 5 ans et Fatasshi le mangeur de pizzas japonais. S’ils ne partent pas avec une bonne longueur d’avance, la course ne sera pas très juste. Mais les faire commencer avant moi, ça n’est pas très juste non plus.


Je pense donc que leur laisser 50 mètres d’avance serait une forme « d’inégalité équitable ».

 

Dans ce cas, on voit que l’oxymore n’est pas qu’une figure paradoxale, en ce qu’elle trouve une conclusion en réunissant ces deux éléments pourtant contraires. Le paradoxe est un paradoxe parce qu’il ne peut avoir d’autres conclusions que « c’est un paradoxe ». L’oxymore peut se permettre de dire des trucs comme « c’est une inégalité équitable » et, même si ça semble illogique, on comprend et on accepte.

Les différents types d’oxymores

On vient de voir les différents types d’oxymores par rapport à leurs contextes d’utilisation (c’est-à-dire la fonction qu’ils remplissent dans le texte). On va maintenant passer ici en revue les différents types qui existent en fonction de leur nature et ce, au travers de deux typologies différentes : une sémantique et une grammaticale.

La typologie sémantique

Lorsqu’on parle de sémantique, on parle de « sens ». Et dans ce cas, on a deux catégories (qui ont peut-être été nommés par d’autres, mais je n’ai pas trouvé de référence donc je leur ai trouvé des petits noms qui me semblaient pas mal) :

  • Oxymores durs : les deux termes mis en relation sont des purs antonymes, même en dehors du contexte.
    Ce sont les oxymores les plus évidents comme « sombre clarté ».
  • Oxymores doux : les deux termes mis en relation entretiennent des relations antonymiques dans le contexte donné.

 

→ pour les oxymores doux, on en a tout un spectre. C’est-à-dire qu’un oxymore dur est un oxymore dur et c’est tout. Un oxymore doux peut être plus ou moins dur suivant que la relation antonymique est plus ou moins dépendante du contexte.

 

par exemple :

 

  • « sombre jour » : le jour est communément associé à la clarté et, en ce sens, entretient un rapport antonymique avec « sombre », mais pas aussi dur que celui entre « clarté » et « sombre ».
  • Maintenant, imaginons qu’à chaque fois que Paul cherche à décrire ce qu’il ressent lorsqu’il mange de la pizza, il en parle comme d’une grande lumière qui l’emplit petit à petit. Tout au long du roman, on met en place cette métaphore de la lumière divine qui le remplit pour le décrire manger de la pizza : c’est la chose la plus merveilleuse qui existe, toutes les pièces du puzzle s’assemblent, il sait qu’il est exactement là où il doit être, à faire exactement ce qu’il doit faire, et c’est comme si Dieu lui-même venait doucement souffler sur la part qu’il s’apprête à manger pour éviter qu’il ne se brûle.
    Eh bien Paul a triché, parce qu’il veut absolument battre Fatasshi. Au moment où l’épreuve commence, Paul s’empare d’une part et la dévore d’une bouchée. Il avale, regarde Fatasshi, regarde les parts restantes en face de lui, les tas de pizza qu’il va devoir avaler ensuite, et il se sent pris d’un « sombre appétit ».

 

Dans les deux cas (« sombre jour » et « sombre appétit ») on a donc un rapport antonymique indirect. C’est juste que dans le cas de « sombre appétit », le rapport antonymique est ultra dépendant du contexte et ne peut être perçu qu’après avoir lu tout le roman.

La typologie grammaticale

Rien de très compliqué avec cette typologie, on va prendre le même exemple à chaque fois et le dériver pour que ce soit bien clair :

 

  • Adjectif + nom :  obscure clarté
  • Nom + nom :  l’obscurité dans la clarté (Nom ; préposition ; Nom) ou L’obscurité et la clarté (Nom ; conjonction ; Nom)
  • Adjectif + adjectif : clair-obscur (Adjectif-Adjectif), clair et obscur (Adjectif et Adjectif)
  • Adverbe + adjectif : sombrement claire
  • Verbe + verbe : J’éclaire et obscurcis [tel truc]
  • Verbe + adverbe : j’éclaire sombrement [tel truc]
  • Nom + verbe : L’ombre éclaire [tel truc]

Danger : se méfier des images poétiques

Comme toutes les images poétiques, il faut faire attention à ne pas en abuser et, surtout, ne pas l’employer dans un contexte qui paraît ne pas vraiment le mériter. Qu’est-ce qu’on entend par là ?

Tomber dans le mélodramatique

Votre personnage a un dilemme intérieur. Vous aimeriez l’illustrer avec un oxymore pour lui donner plus de force ? Pourquoi pas… Mais si le dilemme en question c’est « Paul pourra-t-il aimer Paula, même si elle n’aime pas les anchois sur ses pizzas », votre lecteur pourrait avoir l’impression que vous « forcez » l’intensité du moment. L’oxymore aura alors l’air artificiel.

Donner un fausse profondeur

On expliquait précédemment que l’oxymore pouvait servir à décrire l’indicible. Si vous voulez employer un oxymore pour décrire quelque chose qui aurait très bien, et tout aussi bien, pu être décrit en trois mots, votre lecteur pourra avoir l’impression que vous en faites trop, et pour pas grand-chose.

Conclusion

Les oxymores c’est cool. Dans l’idée, c’est sûrement l’une des figures de style les plus originales. Dans la pratique, ça reste une figure qui génère une image poétique. C’est joli, mais sans substance derrière, ça ne fait que renforcer l’impression d’un texte creux et prétentieux.

 

Et vous, qu’est-ce que vous en pensez de l’oxymore du coup ? N’hésitez pas à commenter l’article s’il y a des points sur lesquels vous voulez revenir !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Jetez un oeil à nos

Autres articles