Structure : Les chapitres

Un chapitre c’est… Bah c’est... C’est un bout de l’histoire, c’est un morceau de la narration, c’est important quand le roman est trop long… Bon. Cet article discute justement de la question. De rien !
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

Structure : Les chapitres

Un chapitre c’est… Bah c’est... C’est un bout de l’histoire, c’est un morceau de la narration, c’est important quand le roman est trop long… Bon. Cet article discute justement de la question. De rien !

Structure : Les chapitres

Un chapitre c’est… Bah c’est... C’est un bout de l’histoire, c’est un morceau de la narration, c’est important quand le roman est trop long… Bon. Cet article discute justement de la question. De rien !
Un homme montre les chapitres de son récit

Vous avez fini votre roman, une épopée spatio-temporelle où vos personnages principaux, Parlf et Blorg, deux aliens, explorent l’histoire de l’humanité suite à une expérience qui a mal tourné. Votre roman fait environ 500 pages Word, ce qui l’inscrira dans une tranche allant de 750 à 1250 pages selon les choix de votre éditeur.

Vous n’avez qu’un seul problème en l’état : comme vous vous êtes imposé d’écrire sans jamais revenir en arrière, eh bien votre roman ne propose aucun découpage. Il n’y a ni chapitres, ni parties… Et vous n’êtes pas bien sûr de comment vous y prendre à ce niveau-là.

Pas d’inquiétude, c’est justement de cela que nous allons parler aujourd’hui.

C'est quoi un chapitre ?

La question peut paraître stupide posée ainsi, mais, au fond, c’est quoi un chapitre ?

D’un point de vue simpliste, un chapitre est représenté par le texte qui est encadré par la mention de « Chapitre X » jusqu’à la page qui précède la mention de « Chapitre X+1 ». Outre cet aspect purement textuel et visuel, un chapitre est un fragment de la narration. Ce fragment est indépendant des autres tout en leur étant intimement lié.

Il est assez évident qu’un chapitre est lié à tous les autres, puisqu’il développe un fragment de la trame (ou d’une trame si vous êtes dans le cadre d’un roman à trames à multiples). L’intrigue est censée ne plus être compréhensible si vous lui ôtez un chapitre.

Imaginez que dans notre exemple, on supprime un chapitre durant lequel Parlf avoue que l’expérience n’a pas mal tourné, mais qu’il a fait exprès de les envoyer dans le passé. Eh bien le lecteur ne pourra alors plus comprendre pourquoi Blorg devient froid et distant dès le chapitre suivant.

L’aspect indépendant du chapitre peut néanmoins paraître un peu plus obscur. Le chapitre peut être considéré comme indépendant, car il opère d’une rupture avec les chapitres qui l’entourent (rupture dont nous parlerons un peu plus loin, rassurez-vous). Il est bien évidemment presque impossible de lire les chapitres d’un roman dans l’ordre que l’on désire, j’en conviens. Mais la rupture qui existe entre chaque chapitre permet de leur intercaler une pause (plus ou moins forte selon que vous choisissiez d’y installer un cliffhanger ou pas). Cette pause est l’élément qui fait des chapitres des entités à part entière et relativement indépendantes.

La mention de cette pause me permet d’ailleurs d’en venir à une nouvelle question : pourquoi chapitrer son roman ?

Pourquoi chapitrer son roman ?

Après tout, il serait tout à fait possible de laisser les 500 pages Word des aventures de Parlf et Blorg telles quelles, sans autre rupture interne que les changements de paragraphe (dont je vous parlerai bientôt)… Mais ça n’est pas vraiment une bonne idée à mon sens. Je vais donc aborder quelques raisons de chapitrer votre roman.

Raison 1 : Le confort du lecteur

C’est le plus important lorsque l’on pense aux chapitres : le confort des lecteurs. Chaque fin de chapitre est un espace particulier lors duquel le lecteur peut choisir de s’arrêter de lire. Il existe bien évidemment des lecteurs qui dévoreront votre roman en une seule nuit, ce qui est un sacré compliment. Ces lecteurs boulimiques ne sont pas l’intégralité des lecteurs..

Le contraire existe également, des lecteurs plutôt lents  pour qui dix petites pages demandent une vingtaine de minutes de lecture (j’en fais moi-même partie). Comme la fin d’un chapitre représente la fin d’une division du roman, elle indique justement qu’il est possible de s’arrêter ici pour pouvoir reprendre plus tard.

Raison 2 : S’adapter à la consommation actuelle

Est-ce que vous prenez le métro ou le bus le matin avant d’aller au boulot, à la fac, etc. ? Le cas échéant, est-ce que vous aussi vous avez remarqué qu’il y a de plus en plus de gens qui y lisent ? Si vous ne l’avez pas vu, eh bien c’est le cas justement !

Les habitudes de lecture évoluent avec la société de consommation. Les lecteurs n’ont plus forcément le temps de passer des après-midis entiers à lire et ils ont tendance à favoriser des lectures plus courtes et séquencées. Cela signifie d’une part des romans plus courts ou, lorsqu’il s’agit de romans longs, des romans plus rythmés.

Attention, je ne dis pas ici que vos chapitres ne doivent faire que trois pages en format de poche. Je dis seulement qu’un chapitre de soixante-dix pages peut effrayer lorsque l’on ne lit que quinze minutes par jour et donc interrompre la lecture.

Raison 3 : Ménager son suspens

Je vous parlais dans les raisons 1 et 2 que la rupture entre deux chapitres permettait de créer une pause dans la lecture, et donc une voie de sortie pour vos lecteurs. Et c’est vrai ! Mais ça n’est pas obligatoire.

Vos fins de chapitre peuvent arriver à un moment si critique de votre intrigue qu’elles forceront votre lecteur à poursuivre sa lecture. Cela ne signifie pas pour autant que le chapitre suivant prendra la suite exacte de la narration (par exemple avec l’utilisation d’une ellipse narrative). Il peut même être bon de ne pas traiter directement de ce qu’attend votre lecteur. En faisant cela, vous tendrez encore plus la tension de votre intrigue et développerez chez votre lecteur un réel besoin de savoir la suite.

Raison 4 : Créer un roman à trames multiples

Comme d’habitude, je n’ai pas grand-chose à ajouter à l’article de Nicolas sur les romans à trames multiples.

Néanmoins, le chapitrage est probablement la méthode la plus efficace pour gérer plusieurs trames au sein d’un même roman. La rupture interchapitre permet de donner à votre lecteur une indication simple et reconnaissable qu’un changement de trame risque d’arriver.

Quelques types de chapitres

Bien. Maintenant que nous avons abordé les grandes raisons qui font que les chapitres, c’est bien, nous allons voir les différents types de chapitres qu’il existe et donc des axes pour chapitrer son roman. Ces types de chapitres peuvent être utilisés avant l’écriture (si vous êtes du genre à prévoir l’ensemble de votre trame avec précision), pendant ou même après (si vous êtes de ceux qui développent leur trame au fur de l’écriture et se laissent guider).

1. Le chapitre temporel

Notre premier cas est le plus simple. Un chapitre « temporel » met en scène une narration d’un instant A à un instant B sans discontinuer.

Dans notre exemple, un chapitre temporel serait par exemple l’arrivée de Parlf et Blorg dans la Rome antique et leur visite de différents endroits iconique de la cité ainsi que leur balade dans les rues, jusqu’à leur arrivée au Colisée.

2. Le chapitre spatial

Tout aussi simple que le cas précédent, le chapitre spatial ne prend place que dans un seul espace. Plus vous réduirez cet espace et plus l’action qui y aura lieu sera importante puisque vous opérerez d’un zoom dans le champ de visibilité que le narrateur offrira au lecteur.

On pourrait imaginer sans mal que le chapitre qui suit celui de la visite de Rome commence durant les jeux au Colisée et décrit tant ce qu’il s’y passe que les réactions de nos deux aliens. Le chapitre se terminerait sur la fin des jeux et le départ des spectateurs.

 

Vous l’avez sûrement remarqué : les chapitres spatiaux et temporels se ressemblent beaucoup et la nuance entre les deux est assez mince. Ils offrent généralement de bonnes introductions de romans ou de groupes de chapitres, puisqu’ils permettent d’aisément créer le contexte où se déroulera l’action.

3. Le chapitre personnage

Un chapitre personnage commence à l’arrivée (ou peu avant/après) d’un personnage et se termine sur sa sortie. Ce genre de chapitre se centrera entièrement sur ce personnage, ses réactions, ses échanges avec les autres personnages mis en scène. Adopter le point de vue de ce personnage est une possibilité, afin de faire entrer votre lecteur personnage dans sa psyché.

Néanmoins, comme ce personnage n’est que rarement principal dans le développement de votre intrigue, il peut être plus intéressant de ne pas opter pour son point de vue. Celui d’un autre personnage permettra en effet de mieux développer ce personnage central, sa position dans l’univers de votre roman ainsi que vos autres personnages (un peu comme lorsque vous utilisez le portrait d’un personnage pas tant pour parler de lui, mais d’un autre).

Dans notre exemple, cela pourrait arriver lorsque nos deux aliens, entre l’exploration de l’ère Edo japonaise et de l’inquisition espagnole, reçoivent un appel holographique de la part d’un de leurs amis aliens.

Ces personnages, qui sont souvent secondaires (du moins à leur apparition), permettent de mettre en place deux types de situations. La première est de créer une pause dans le développement de votre intrigue. Cette pause aura l’effet d’un souffle pour votre lecteur, avant de le replonger dans l’intrigue.

La deuxième possibilité est de se servir de ce type de chapitre pour, au contraire, accélérer l’intrigue. Réunion au sommet, révélation apportée par un espion, etc. Ce genre de chapitre est généralement porté par un personnage dont le lecteur ne sait généralement que peu de choses.

Notre exemple de l’appel holographique pourrait servir à cela, si l’ami en question apprend tant au lecteur qu’à Blorg que c’est à cause de Parlf que nos deux compères sont perdus entre les époques vécues par l’humanité. Ce faisant, un roman jusqu’à lors plutôt comique pourra acquérir un aspect plus profond au travers du drame amical provoqué par cette révélation.

4. Le chapitre action

Le dernier type de chapitre que je désire aborder se centre tout simplement sur une action ou suite d’action. L’action mise en scène n’a pas besoin d’être capitale dans le développement de votre intrigue, mais il est nécessaire qu’elle porte une valeur au sein de votre roman.

Il peut s’agir de montrer l’évolution d’un personnage par le biais de ses réactions (et donc conclure son arc de développement), de développer un aspect inhérent à l’univers de votre roman sans pour autant tomber dans un worldbuilding mal géré (je vous conseille de lire l’article que Nicolas a écrit sur la question) ou encore mettre en scène l’affrontement final entre votre héros et sa Némésis.

Dans notre exemple, une bagarre entre les deux aliens pourrait aisément être perçue comme un cas typique de chapitre-action.

À l’inverse du chapitre personnage qui peut servir d’instant de répit pour votre lecteur, le chapitre action aura plus pour vocation de le plonger avec plus d’intensité dans sa lecture. Quoi de mieux que le début d’une bataille ou la scène d’un procès pour donner au lecteur envie de lire plus ?

 

Ces quatre types de chapitres ne sont bien entendu pas imperméables les uns aux autres. Il s’agit d’axes généraux permettant de définir l’unité qu’est votre chapitre vis-à-vis des autres. De plus, il n’est pas nécessaire de n’en adopter qu’une seule tout au long de votre roman.

L’utilisation d’un seul format (temporel par exemple) permet effectivement de créer une stabilité dans votre structure. Cette stabilité dans la forme caractérisera ainsi votre roman et lui donnera un aspect uniforme qui, s’il est bien géré, sera très agréable pour votre lecteur. Si vous faites ce choix, alors l’aspect premier de vos chapitres devra être adjoint d’un aspect secondaire. Par exemple temporel-spatial, temporel-personnage, etc.

Dans notre exemple, on pourrait imaginer que chaque chapitre est conditionné par la visite d’une époque. Jusque là, aucun souci. Il serait alors possible d’imaginer un chapitre temps-action avec une charge de Vikings qui épouvanterait nos deux personnages, puis un chapitre temps-personnage avec la rencontre de nos deux aliens avec Martin Luther King, etc.

5. Une sous-section au coeur des chapitres

Les cas que nous avons vus jusqu’à présent permettent de sectionner un roman en unités plus petites. Il faut prendre en compte qu’il est également possible de fractionner un chapitre.

Vous êtes sûrement déjà tombé sur le cas des astérisques « * » au cours de vos lectures. Ces astérisques signalent au lecteur un changement au sein du même chapitre. Les astérisques sont généralement employés pour signifier que, malgré le changement, les deux espaces textuels qu’ils séparent sont trop liés pour faire l’objet de deux chapitres distincts.

Cela peut servir à insérer une ellipse dans votre roman. Dans notre exemple, cela pourrait faire son effet si le passage avant l’astérisque décrit la dispute de nos deux compères et celui d’après les montre entrain de se battre. Dans cette configuration, cela traduira un effet d’accélération qui marquera votre lecteur.

Faut-il nommer ses chapitres ?

Le dernier point que j’aimerais aborder concerne le nom des chapitres. Il y a deux grandes écoles dans ce cas : ceux qui nomment tous leurs chapitres et ceux qui ne le font pas.

J’ai personnellement tendance à nommer mes chapitres, mais je me suis rapidement rendu compte qu’il pouvait y avoir un problème avec cela. Les titres de chapitre trop évocateurs ont tendance à donner trop d’indications sur les évènements que le lecteur va lire. Je pense que c’est un problème.

Reprenons le cas de la dispute entre Parlf et Blorg. Si le titre de ce chapitre ressemble à quelque chose comme « Le secret/trahison de Parlf » ou « La rupture », cela donnera suffisamment peu d’information pour teaser votre lecteur. Ce manque d’information créera un besoin d’en savoir plus, tout en laissant une idée trop vague de l’action qui aura lieu. C’est ce sentiment qu’il faut chercher à atteindre.
L’un des éléments qui permet de créer cet effet est un titre court, doté de peu d’éléments. Un titre comme « La rupture entre les deux amis, car c’est Parlf qui les a envoyés dans le passé » est beaucoup trop long (et absolument pas réaliste, je voulais juste forcer l’idée).

Une méthode que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer consiste à employer un bout de phrase qui apparaîtra plus tard dans le chapitre. Ce pourrait être « Ça n’était pas une erreur ? » par exemple. Cette stratégie permet de créer un écho dans l’esprit du lecteur au moment où il retombe sur le titre, mais dans le chapitre cette fois.

Il n’est bien évidemment pas nécessaire de nommer les chapitres d’un roman, ça n’est d’ailleurs pas si répandu que ça.

Pour conclure ?

Un chapitre est une unité narrative présente dans la plupart des romans. Il permet tant de structurer un roman que d’apporter un confort de lecture certain pour vos lecteurs. Les chapitres permettent également de contrôler plus efficacement la ou les trames présentes dans un roman en insérant plus facilement des ellipses narratives ou en ménageant le suspens.

Il existe des méthodes simples pour établir vos chapitres par exemple s’ils sont centrés sur un temps, un espace, un personnage ou une action. Il est également possible de les titrer, mais il faudra faire attention à ce que le titre ne vous desserve pas finalement.

J’aimerais évoquer le cas des parties avant de conclure. Une partie, c’est un regroupement de plusieurs chapitres selon une thématique, par exemple l’époque durant laquelle ils se déroulent. Les parties sont à la fois des méga-chapitres et des mini-romans. Leur utilisation est très répandue dans la SFFF et, plus généralement, dans les romans très longs.
Lorsqu’elles sont bien gérées (comme dans Fondation et ses parties qui correspondent à la caste sociale la plus importante à un instant précis), le nouveau niveau de structuration qu’elles apportent peut servir votre roman et le rendre plus apprécié.
Et voilà, je pense avoir fait le tour de la question des chapitres, mais n’hésitez pas à commenter !

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