La figure du mentor

Avez-vous déjà eu un mentor ? Probablement. Mais avez-vous déjà instauré une relation de mentorat dans un roman ? Dans le doute, on vous a fait un article sur la question. De rien !
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

La figure du mentor

Avez-vous déjà eu un mentor ? Probablement. Mais avez-vous déjà instauré une relation de mentorat dans un roman ? Dans le doute, on vous a fait un article sur la question. De rien !

La figure du mentor

Avez-vous déjà eu un mentor ? Probablement. Mais avez-vous déjà instauré une relation de mentorat dans un roman ? Dans le doute, on vous a fait un article sur la question. De rien !
mentor et son élève

Le mentor est un personnage classique de tous les genres de romans. Qu’il s’agisse de romance, d’aventure ou encore d’une enquête, il est toujours possible d’adjoindre un mentor à l’un des personnages afin de l’aider à se développer. Seulement voilà, qu’est-ce qu’un mentor et, surtout, comment créer et développer le lien qui l’unit à son élève ?

Aujourd’hui, nous allons nous centrer sur ce personnage on ne peut plus classique.

Quel est le rôle du mentor ?

Le mentor est un personnage formateur. Il prend sous son aile un ou plusieurs autres personnages (généralement principaux). Il les aide à développer leurs compétences et tend à leur transmettre son propre code moral. De ce fait, sa fonction première ainsi que la raison de son existence dans le roman sont principalement liées à son ou ses élèves.

Par sa condition de but à atteindre, le mentor est une représentation concrète de ce qu’un personnage veut ou croit qu’il veut devenir.

Prenons cette fois-ci un roman type « tranche de vie » comme exemple. Oscar, trentenaire citadin, enchaîne les râteaux depuis que son ex petit-amie, Lisa, l’a plaqué. Il retombe un jour sur une vieille connaissance, Mehdi, qui est clairement un tombeur. Oscar déduira rapidement qu’il a des choses à apprendre de Mehdi en termes de drague et qu’il aimerait avoir le même succès que lui. Mehdi quant à lui, bien conscient du mal-être de son vieil ami, décidera de lui transmettre tout ce qu’il sait et d’ainsi alléger un peu sa peine. On se retrouve donc bel et bien avec une relation de mentorat.

Le mentor, de par sa proximité avec un personnage et son rôle, est très souvent lié à son arc de développement. Il peut soit en être la source, s’il déclenche lui-même la remise en question induite par l’arc de développement, ou bien en être un vecteur, s’il prend le personnage sous son aile après que celui-ci ait essuyé des échecs.

J’aimerais également revenir sur le cas où le personnage « croit qu’il veut devenir comme son mentor ». Un personnage (comme une véritable personne d’ailleurs) n’a pas nécessairement conscience de ce qu’il désire. Il peut assimiler un trait de son mentor à ce qu’il désire, sans que ce soit ce qu’il veut « dans le fond ».

Dans notre exemple, Oscar croit au départ qu’il désire devenir un tombeur, comme Mehdi, sauf que cela n’a jamais été dans ses objectifs ou dans ses envies. Ce qu’il désire réellement acquérir de Mehdi, c’est sa confiance en lui. Oscar devra donc réaliser que la raison de tous les râteaux qu’il a enchaînés vient de son manque de confiance en lui et qu’il a perdu cette confiance après que Lisa l’ait largué.

Comment créer le sentiment et/ou le besoin de mentorat ?

Maintenant que nous avons globalement défini ce qu’est un mentor et à quoi il sert, il est temps de se demander comment créer ce mentorat. Pour cela, je vous propose de nous baser sur le personnage qui, le premier, tendra vers la création de ce lien.

Le mentor repère son élève.

Cette situation me semble assez commune : le personnage mentor décide par lui-même de prendre un autre personnage sous son aile. Ce phénomène peut avoir deux raisons. Le mentor peut repérer un potentiel particulier chez son futur élève ou déterminer que les enseignements qu’il peut transmettre à son élève lui seront bénéfiques. Notre exemple correspond typiquement à la deuxième situation.

Il faut bien comprendre que la proposition de mentorat ne se fera pas forcément de manière formelle. Elle n’aura peut-être même pas besoin d’être verbalisée ! Il est parfaitement imaginable que Mehdi, peu désireux de pointer du doigt les problèmes de son ami, se mette à lui prodiguer ses conseils et à le reprendre sans préciser ses intentions.

Deux configurations sont possibles une fois que le mentor repère son élève :
→ L’élève accepte cette relation et c’est d’ailleurs le cas le plus simple. Il faut bien entendu qu’il y ait une raison à cette acceptation. Pour que la relation soit « pleine », il faudra que cette raison se base sur un mélange de reconnaissance et de respect : l’élève reconnaît les aptitudes de son mentor ainsi que son propre manque de compétences.

→ L’élève refuse cette relation. Deux points sont à éclaircir si vous établissez cette relation. Tout d’abord, pourquoi l’élève refuse-t-il cette relation ? Est-ce par orgueil (il ne pense pas avoir besoin d’aide) ou par honte (il ne pense pas mériter cette aide) ?

Dans le premier cas, le mentor devra s’imposer par une épreuve de force, en prouvant sa supériorité absolue sur l’élève. Il s’agira de briser cet orgueil pour disposer l’élève à apprendre du mentor. Dans le second cas, le mentor devra prouver à son futur élève qu’il en vaut la peine. Il pourra soit se servir de sa propre autorité (s’il l’a choisi, c’est pour une raison) soit montrer à son élève qu’il n’est pas un cas si désespéré que cela.

On peut facilement imaginer cette deuxième possibilité dans notre exemple. Mehdi veut aider Oscar, mais ce dernier, au fur des râteaux, est persuadé que même toute l’aide du monde ne lui permettra pas de conclure de nouveau. Dans cette configuration, Mehdi devra commencer par prouver à Oscar qu’il n’est pas un cas aussi désespéré que ce qu’il croit. Pour cela, il pourra par exemple mettre en avant les qualités d’Oscar (il est drôle, plutôt beau gosse) et/ou dédramatiser la situation en analysant ce qui ne fonctionne pas (et en prouvant son ami que ce ne sont que quelques points qui lui font défaut).

L'élève choisit son mentor.

L’autorité naturelle du mentor sur certains domaines est immédiatement admise lorsque le désir de mentorat provient de l’élève. Dans cette situation, l’élève a pleinement conscience de ce qu’il désire obtenir chez son mentor (compétences, attitudes, état d’esprit, etc.), bien qu’il puisse se fourvoyer sur ce qu’il désire réellement, comme nous l’expliquions plus haut.

Ces relations-là pourront être demandées plus ouvertement que les précédentes. L’apprenti pourra tout à fait demander conseil et/ou formation à un autre personnage et, avec la multiplication des demandes et des échanges, nouer un lien de mentorat.

Comme précédemment, le cas le plus simple à gérer est celui où le mentor accepte immédiatement la relation, pour les raisons évoquées plus haut (reconnaissance du potentiel ou du besoin éprouvé). Il est néanmoins possible que vous désiriez que le mentor refuse dans un premier temps. Pour cela, il faudra se demander vers qui est tourné le refus : vers cet élève ou vers l’idée même d’en avoir un ? Il sera nécessaire dans les deux cas de prouver la valeur de l’élève (par le biais d’une épreuve, imposée ou non par le mentor) et/ou en rongeant la résistance du mentor via la multiplication des demandes de l’élève, voire de leur entourage.

Il est également possible de forcer la main au mentor. Imaginez que, plusieurs années auparavant, Oscar ait été à la place de Mehdi et l’ait poussé à sortir avec sa première petite amie. Cette configuration permettra à Oscar de faire plus facilement pression sur Mehdi et donc de l’amener à accepter la demande.

La manière de placer le mentor « dos au mur » conditionnera d’ailleurs la nature du lien entre les deux personnages. Si l’élève réitère sa demande avec humour ou si le facteur déclencheur du changement d’avis ne dépend pas de lui, alors la relation avec son mentor sera seine dès le départ. Il est néanmoins possible, si l’élève utilise des méthodes qui vont à l’encontre de l’éthique de son mentor (tout en le faisant céder), que leur lien soit initialement mauvais et potentiellement perçu comme une entrave par le mentor. Il perdra d’ailleurs cette position de « mentor » pour n’être qu’un « professeur ».

Mentor et élève réunis par un troisième parti.

Dernières possibilités : c’est un personnage autre (présent dans tout le roman, seulement au départ ou encore dans de cours passages) qui pousse l’élève et son mentor l’un vers l’autre. Ce personnage peut être initialement lié à l’un comme aux deux.

Bien qu’il puisse être lié aux deux personnages, ce troisième parti aura tendance à être plus lié à l’un des deux et il cherchera probablement à l’aider en le poussant vers l’autre membre du futur binôme.
On pourrait tout à fait imaginer Charline, une ancienne conquête de Mehdi et amie d’Oscar. Elle pourrait tout aussi bien pousser Oscar vers Mehdi pour aider le jeune homme à reprendre confiance, ou Mehdi vers Oscar pour responsabiliser un peu Mehdi.

Il faut voir cette situation (le troisième parti), comme un préambule de l’une des autres : le troisième parti pousse l’élève et son mentor à se rencontrer, il s’agira par la suite de voir lequel des deux acceptera la relation en premier et ce qui en découlera.

Quand et comment transcrire les effets du mentorat ?

Une nouvelle question se pose une fois que la relation de mentorat est établie : comment transcrire l’influence du mentor sur son élève ? Avant d’y venir, il faudra se demander quand la faire apparaître. Cette influence ne peut évidemment pas se montrer dès le début de la relation. Il est même nécessaire de faire progresser cette influence.

Au départ, l’influence du mentor ne doit pas être perceptible : l’élève sera en phase d’observation et d’absorption. De ce fait, il sera toujours en échec par rapport à ce qu’il désire obtenir, ou alors sa réussite sera reléguée au rang de « chance du débutant ». Les effets du mentorat devront ensuite prendre en ampleur jusqu’à ce que l’élève obtienne ce qu’il désire (ou qu’il s’en détache complètement).

Dans notre exemple, Oscar ne reprendra pas confiance en lui dès les premiers conseils de Mehdi. Il devra essuyer quelques échecs, penser que cela n’a aucun sens, bref, subir un arc de développement pour que les transformations recherchées commencent à prendre effet.

Outre la question du quand, il faut aussi se demander comment faire transparaître ces changements chez le personnage. Pour cela, deux grandes catégories existent, la première liée à la narration et l’autre au discours.

Du mimétisme à l'appropriation, le rôle de la narration.

Le rôle de la narration dans la démonstration des changements au lecteur est évolutif. Dans un premier temps, l’élève ne sait pas comment faire. Il voit son mentor agir (ou dire), mais ne parvient pas à faire de même.

Il faudra donc commencer par mettre en place un mimétisme visible, et mal dégrossi, de la part de l’élève. Ce dernier n’appliquera les méthodes et conseils transmis par son mentor que mécaniquement et sans aucune forme de compréhension. Il commence tout juste à absorber les informations et n’est donc pas encore capable de les assimiler réellement.

Oscar pourrait, par exemple, essayer d’avoir le côté tactile de son ami et mentor : toucher une main, se rapprocher, etc. Mais son hésitation et son manque tant de confiance que de conviction le trahiront tant aux yeux des autres personnages que du lecteur. Il s’agira donc, dans la narration, de montrer la ressemblance de l’acte tout en accentuant sur l’aspect malhabile des démarches.

Au fur de ses tentatives et échecs, ainsi que de quelques victoires (on ne cherche pas à briser Oscar non plus), l’accent mis par la narration doit se déplacer des erreurs vers la ressemblance avec ce que ferait Mehdi. Une méthode simple, et plus intéressante à mon sens que de dire « comme l’aurait fait Mehdi » est de créer une structure propre au mentor lorsqu’il agit. Une phrase qui, par sa construction particulière ou les termes qu’elle emploie, serait aux yeux du lecteur nécessairement rapportée à Mehdi par sa répétition tout au long du roman. Ce pourrait être quelque chose comme « Il passa son bras si nonchalamment derrière sa taille qu’elle ne s’en rendit pas compte » (je vous laisse trouver mieux, les romans de romance ne sont pas ma tasse de thé).

Le simple fait d’utiliser cette phrase avec Oscar comme sujet prouvera qu’il a absorbé ce que son mentor lui a transmis.

La dernière étape, l’appropriation, consiste à faire de sorte que l’élève dépasse les enseignements de son mentor. Pour cela, il lui est nécessaire de digérer toutes les leçons et conseils afin de les redistribuer selon sa propre personnalité. Il doit donc sortir du moule créé et proposé par le mentor, car il n’est pas lui.
C’est en s’appropriant les conseils du mentor que l’élève pourra prendre conscience de ce qu’il désirait réellement. Oscar n’a jamais été un bourreau des coeurs, ou plutôt il n’a jamais voulu enchaîner les conquêtes. Ce dont il avait besoin, c’était de suffisamment de confiance (obtenue par le biais tant de Mehdi que de ses propres conquêtes) pour repartir à l’aventure d’une histoire longue.

L'approbation et le constat, le rôle du discours.

La précédente méthode était clairement plus en lien entre l’élève le lecteur, puisque la narration permet à ce dernier de voir les changements se concrétiser. La seconde méthode, quant à elle, établit un lien entre le mentor (ou l’entourage de l’élève et du mentor) et le lecteur.

La narration est le support qui permet de raconter l’histoire au lecteur. Nous le savons tous. Mais les personnages qui environnent l’action ont aussi conscience de ce qu’il se passe. Le mentor et ses proches voient l’élève grandir et tirer parti de tous les conseils qu’il a reçus. Il est d’ailleurs fort probable que le mentor en parle, tant pour féliciter son élève que pour en faire le constat auprès d’autres personnages.

C’est là le rôle du discours. Mehdi pourra par ses paroles et ses pensées, informer le lecteur et Oscar de la progression de ce dernier. Il est même probable que soit lui qui, au détour d’une soirée, soit le premier à remarquer l’évolution d’Oscar. Ou le contraire !

Souvenez-vous Charline, la bonne copine de Mehdi et Oscar. Imaginons qu’elle sorte boire un verre avec eux et que, tandis qu’Oscar drague au comptoir, Mehdi lui dise qu’il ne voit aucune évolution chez leur ami commun et qu’il n’est pas sûr de bien s’y prendre. Charline, comme elle n’est pas un personnage très présent, pourrait constater bien plus clairement l’évolution chez Oscar (facilité à parler avec les filles, regard moins fuyant, etc.) et ainsi contredire Mehdi et le rassurer.

Dans un cas comme dans l’autre, l’approbation (c’est-à-dire la validation de ce qui est fait par Oscar) ou le constat ne sont pas nécessairement cloisonnés au mentor et son élève. Il est même probable que lorsqu’ils seront fondés (c’est-à-dire pas lorsque Mehdi veut rassurer Oscar), ces types d’échanges ne leur appartiendront plus vraiment. Ce seront d’autres personnages qui remarqueront soit le changement (s’ils connaissaient Oscar avant), soit les qualités (s’ils le rencontrent), et renforceront ainsi la visibilité de l’évolution aux yeux du lecteur.

Un mentor qui évolue.

Nous disions dans l’article sur les arcs de développement qu’un mentor n’avait, par essence, pas besoin de subir l’un de ces arcs. Et c’est vrai.

Il néanmoins tout à fait possible que le mentor, au contact de son élève, évolue lui-même. Cette configuration me semble d’ailleurs d’autant plus probable lorsque l’écart d’âge entre les deux personnages est moindre. On a bien entendu vu/lu des millions de cas où un jeune un peu naïf fini par atteindre un vieillard irascible et l’aide à changer un peu (je ne critique pas, j’en suis même fan). Mais il me paraît plus évident qu’un couple mentor/élève proche temporellement auront plus de chance de s’influencer l’un l’autre, ne serait-ce que par la proximité culturelle (références culturelles, sociales, certains grands évènements de leurs vies vécus plus ou moins en même temps, etc.).

Dans notre exemple, Mehdi est un coureur de jupons, ça n’est plus à dire. Selon lui, c’est parce qu’il en a la capacité qu’il le fait, tout simplement. Et pourquoi se priver ? Il pourra d’ailleurs même dénigrer ses conquêtes passées pour quelques obscures raisons que lui seul comprend. Le contact d’Oscar, qui, bien que désireux d’en apprendre le plus possible de son ami, n’accepte pas le comportement de Mehdi, pourra amener ce dernier sur la voie du changement. Pourquoi agit-il ainsi ? N’enchaîne-t-il réellement les relations que parce qu’il est beau gosse et plutôt doué ? Ou bien a-t-il peur de s’engager réellement et, plus ou moins égoïstement, de perdre sa liberté ? On pourrait ainsi apprendre que Mehdi n’est pas si heureux que sa dans la vie et qu’il se sert de ces rencontres comme un exutoire qui l’éloigne de sa propre personne.

Tout cela pour dire que le mentor peut évoluer, et j’irais même jusqu’à le recommander si vous êtes dans un roman où vous n’avez que deux personnages principaux et un paquet de personnages qui gravitent autour.

Pour conclure ?

Le mentor est une figure classique dans les romans. Il cherche à aider un personnage à s’améliorer tant par le biais de compétences que d’une ligne de conduite à suivre. Sa fonction se résume d’ailleurs initialement dans l’existence même de son élève. La relation de mentorat peut provenir du mentor (qui repère un potentiel chez son élève ou désire simplement l’aider), de l’élève (qui à la certitude ou l’intuition que son mentor pourra l’aider à se développer) ou d’un troisième parti (qui tirera une satisfaction soit de voir l’élève grandir, soit de constater que le mentor exercer cette fonction).

L’évolution de l’élève ne se fera pas immédiatement et consistera généralement en un arc de développement. Cette évolution pourra (et devra à mon sens) tant être portée par la narration que le discours. L’élève ne sera d’ailleurs peut-être pas le seul à évoluer.

Pour finir, je voulais vous dire que l’élève n’est pas obligé de devenir ce que l’on attendait de lui. Il est tout à fait possible (et on en connaît tous quelques-uns) qu’il ne comprenne pas la ligne de conduite proposée par son mentor, ou encore qu’une autre personne interfère dans le développement de l’élève. À titre purement indicatif, le changement de mentor ne signifie pas nécessairement une chute dans les ténèbres de l’égocentrisme. Il sera peut-être plus intéressant de voir le second mentor lutter avec des enseignements antérieurs pour ramener son élève du côté de la morale/ du bien/ etc.

Pour aller plus loin :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Jetez un oeil à nos

Autres articles