Écrire un roman – L’antagoniste

Connaissez vous les six questions à vous poser sur l’antagoniste de votre récit ? Non ? Alors on a vraiment bien fait d’écrire cet article.
Mathieu Begot
Mathieu Begot
Salut, moi c’est Mathieu ! Je suis passionné par les genres de l’imaginaire, la culture japonaise, mon chien et les commentaires que vous laissez sous mes articles ! En lire plus

Écrire un roman – L’antagoniste

Connaissez vous les six questions à vous poser sur l’antagoniste de votre récit ? Non ? Alors on a vraiment bien fait d’écrire cet article.

Écrire un roman – L’antagoniste

Connaissez vous les six questions à vous poser sur l’antagoniste de votre récit ? Non ? Alors on a vraiment bien fait d’écrire cet article.
Un bras de fer avec un antagoniste

L’antagoniste est, par définition, l’opposée du protagoniste (du personnage principal).

C’est un personnage (quelle que soit sa nature) dont les objectifs sont incompatibles avec ceux du protagoniste, que ce soit dans leur faisabilité (si l’antagoniste veut « anéantir la galaxie », c’est effectivement incompatible avec « sauver la galaxie ») ou du fait de leurs idéaux (l’antagoniste et le protagoniste veulent tous deux intégrer un groupe et peuvent le faire ensemble, mais l’un des deux décide que l’autre ne doit surtout pas rejoindre le groupe).

L’antagoniste a généralement trois objectifs narratifs :
— Il cristallise le principe même de conflit (ce qui permet, par sa simple présence, de générer une forme de tension narrative) ;
— Il est force d’opposition au protagoniste tout en étant proche de lui (nous en reparlerons plus tard) ;
— Il permet d’incarner des principes et idéaux le plus souvent impossibles pour le protagoniste (à moins que ce dernier ne soit un antihéros).

Ceci étant dit, vous vous doutez qu’on ne peut pas se permettre d’avoir un antagoniste « plat ».

N’ayant pas moi-même de méthode de création d’antagonistes, j’en ai cherché sur le net et n’ai rien trouvé qui m’ait suffisamment convaincu.

 

Je vous propose donc de naviguer entre les fondamentaux de tout antagoniste qui se respecte au travers d’une petite série de questions à vous poser sur le vôtre !

Question 1. Quel type d’antagoniste est-il ?

Première question à vous poser sur votre antagoniste, à quel type appartient-il ? J’ai déterminé (notamment au travers de mes recherches) qu’il existait trois grands types d’antagoniste : le rival, le méchant et le méchant Tout-Puissant.
On pourrait se dire que ça n’est pas très important… Mais cette première caractérisation va établir de nombreuses différences dans le traitement qu’il faudra avoir de votre antagoniste.

Il est évidemment inutile de vous préciser qu’il peut y avoir plusieurs antagonistes dans un même récit et que leurs types sont indépendants de leur nombre.

Le rival

Le Rival n’a pas à être un antagoniste fondamentalement mauvais.
Le protagoniste et lui sont généralement opposés par un même objectif (devenir le meilleur dresseur, obtenir une promotion, épouser une même personne) et par une situation initiale le plus souvent très différente (l’un est riche, l’autre non ; l’un a eu une enfance agréable, l’autre non, etc.)

Deux particularités sont à noter sur l’antagoniste de type « rival ». Il s’agit tout d’abord de la catégorie qui va permettre énormément d’affrontement (physiques, verbaux, etc.) avec le protagoniste et, de ce fait, il s’agit aussi de celle ayant le plus de marge d’évolution ! Ils sont également ceux dont l’alignement peut le plus varier (le plus souvent ennemis, mais parfois alliés du protagoniste).

Le rival est très adapté dans les récits se déroulant dans des écoles, des clubs, des entreprises… Bref, dans des lieux à la hiérarchie sociale souvent stricte et millimétrée, car il permettra d’illustrer un autre développement possible dans un cadre et avec un objectif commun.

Le méchant

Son nom l’indique : le méchant est méchant.

Ce sont généralement la morale et les méthodes employées qui vont opposer le protagoniste et cet antagoniste. Si l’un laisse en vie, l’autre tuera. Si l’un décide de se concentrer sur les arts ancestraux de son clan, l’autre versera dans la magie noire. Etc.
Le méchant a pour intérêt de pouvoir incarner des valeurs absolument amorales ou des questions sociétales fortes (racisme, homophobie, pollution excessive, etc.).
D’ailleurs, si cette « incarnation » trouve sa source dans le passé du Méchant (nous en parlerons plus tard) et qu’il sait l’argumenter, alors elle ne le rendra que plus intéressant puisqu’elle deviendra une part de son identité et fera de lui un personnage convaincu du « bienfondé » de ses actions !

Le méchant Tout-Puissant

Sous marque de la catégorie précédente, le Méchant Tout-Puissant a pour particularité d’être présenté comme la menace ultime pour le protagoniste.

S’il ressemble à une version « augmentée » du méchant, le Méchant Tout-Puissant ajoute en plus de cela la question du dépassement du possible : ce méchant, rien ne devrait pouvoir le vaincre. Il faudra donc au protagoniste un moyen de contourner cet état de fait (que ce soit un équipement, un enseignement, une alliance, etc.).

 

Personnellement, j’adore les méchants tout puissants ascendants seigneurs des ténèbres !

Mais il faut faire attention, car, à moins qu’il ne relève du divin, cet antagoniste a besoin d’une raison à sa toute-puissance et, pour que ce soit crédible, il faut qu’il sacrifie quelque chose pour cela (une partie de son humanité, de ses anciens pouvoirs, un ou des proches, etc.)

Question 2. Quel est le but de l’antagoniste ?

La deuxième question à se poser concerne l’objectif de l’antagoniste, et ce sans prendre en compte le protagoniste ! Que veut faire votre antagoniste ? Dominer le monde ? Racheter toutes les microentreprises de l’Asie du Sud Est ? Obliger les élèves du lycée à tous porter le même uniforme gris fade ?
Si le but de l’antagoniste est important, c’est parce qu’il est un nœud de tension très important dans le récit, la raison pour laquelle le protagoniste et lui sont voués à s’opposer. Assurez-vous que ces deux objectifs s’opposent effectivement.

 

Si c’est un « rival », son but et celui du protagoniste peuvent-être le même. Dans cette configuration, deux options s’offrent à vous.
— Ils pensent/ savent qu’un seul des deux pourra réaliser cet objectif à un instant T (le prochain concours aura lieu dans un an, la prochaine promotion attribuée dans 6 mois, etc.) ;
— Les deux savent qu’ils peuvent le réaliser simultanément, mais la compétition entre eux fait rage. Cette deuxième configuration me semble idéale si le point de tension principal du récit ne réside pas dans cette rivalité (car si tout le monde peut réussir, alors il n’y a plus d’enjeux).

 

Si c’est un « méchant » ou un « méchant Tout-Puissant », ce but ne pourra pas être le même que celui du protagoniste… Mais il pourra en être une version pervertie !
Par exemple, si votre protagoniste souhaite sauver la galaxie en créant un groupe central de gestion des conflits (une police galactique en somme), l’antagoniste pourra vouloir « sauver la galaxie » en éliminant tous ceux qui appartiennent ou n’appartiennent pas à tel groupe social !

Question 3. Quelles raisons à son antagonisme ?

Pourquoi votre antagoniste est-il un antagoniste ? Alors bon, il y a le but, évidemment… Mais ça ne peut pas être tout ! Il y a forcément d’autres éléments qui l’opposent au protagoniste et font que l’on va l’adorer, le détester, adorer le détester ou détester l’adorer (la meilleure combinaison, si vous voulez mon avis).

Il s’agira ici de lister tout ce qui différencie votre protagoniste et votre antagoniste, puis de comprendre ce que ces éléments vont impliquer.
Si le protagoniste est pauvre et l’antagoniste riche, alors ils n’auront pas les mêmes moyens à leur disposition pour parvenir à leurs objectifs et votre antagoniste aura de meilleures chances initialement. Cela pourra donc donner lieu à de l’arrogance chez lui !
Si le protagoniste ne tue pas, mais l’antagoniste oui, alors il y aura une limite stricte et absolue entre ces deux personnages… Limites que l’antagoniste pourra chercher à faire dépasser au protagoniste pour le pervertir !

 

Une fois les différences entre le protagoniste et l’antagoniste comprises, demandez-vous pourquoi il a cet objectif très précisément.
— S’inscrit-il dans une tradition (famille de docteurs, de militaires, etc.) ?
— Est-ce dû à un traumatisme (ses proches ont été tués par un certain groupe) ?
— À son éducation (il est convaincu d’être fondamentalement supérieur aux autres) ?
— Cet état de fait est-il remédiable (le protagoniste pourra-t-il le mener sur la voie de la rédemption) ?

Question 4. Quels éléments contrastent l'antagoniste ?

Il est rare qu’un antagoniste soit juste le dernier des enfoirés, bourré seulement de défauts, qu’il soit laid, etc. Ainsi que vous vouliez qu’on l’aime, qu’on le déteste ou que l’on s’identifie à votre antagoniste, pensez à venir contraster sa personnalité par des traits qui l’humaniseront un minimum (ne serait-ce qu’au début du récit) !

S’il s’agit d’un rival très sûr de lui et arrogant, il pourrait avoir des relations difficiles avec ses proches ou un membre de sa fratrie bien plus douée que lui et face à qui elle perdrait une partie de son assurance.

S’il s’agit d’un méchant désireux d’anéantir l’humanité, il pourrait avoir un groupe restreint d’alliés auxquels il tient et qui lui vouent une allégeance absolue et sans détour.

Il n’y a pas besoin de milliers d’éléments de contrastent chez l’antagoniste… Mais évitez tout de même de faire d’eux des personnages lisses et monodirectionnels.

Question 5. Quel est le plan de l'antagoniste ?

Cette question est particulièrement importante pour les « méchants » et « méchants Tout-Puissant », car ils sont ceux dont le plan devra être déjoué par le protagoniste (et ses alliés).

Ce plan peut évoluer au cours du récit, prendre en compte l’évolution du protagoniste, mais vous devez le connaître pour en déterminer les failles et donc ce qu’il faudra pour le déjouer !

 

Deux choses sont à noter sur le plan de votre antagoniste :

— Si votre protagoniste peut le déjouer dès le départ, alors il est trop peu réfléchi. Le protagoniste doit évoluer pour parvenir à ses fins, d’une manière ou d’une autre ;
— Le récit gagnera en puissance si les failles du plan de l’antagoniste sont issus de ce qui le différencie du protagoniste. Si votre antagoniste se caractérise par son manque de confiance en l’autre, l’une des failles de son plan peut résider dans la transmission d’informations capitales entre lui et ses sbires.

Question 6. Comment l’antagoniste challenge-t-il le protagoniste ?

Il ne nous reste plus qu’une question à nous poser : comment cet antagoniste challenge-t-il le protagoniste ? Ce que j’entends par là, ce n’est pas « à quel moment vont-ils s’affronter ? », mais comment l’antagoniste va-t-il mettre le protagoniste en situation difficile.

Il peut s’agir de force/ puissance (si l’on part vers une bataille finale), mais aussi de moyens (ce qui pourra forcer le protagoniste à s’allier avec des personnes inattendues pour réussir), de moralité (l’antagoniste va chercher à pervertir le protagoniste et ce dernier devra trouver un moyen de contourner cette perversion), de connaissances, etc.

Notez que ces différents challenges (dont certains seront réussis par le protagoniste et d’autres non, notamment pour montrer la valeur de l’antagoniste) serviront, l’arc de développement du protagoniste (et peut-être même de certains alliés).
Il s’agira donc d’en varier l’objectif (parfois la force, parfois la moralité) et l’intensité, le tout pour ne pas devenir monotone et lasser le lecteur !

Pour conclure ?

L’antagoniste est un élément primordial de votre roman, puisqu’il cristallise l’opposition (ou l’une des oppositions) que rencontrera votre protagoniste ! Six questions, à vous poser sur votre antagoniste, vous permettront de vous assurer que vous exploitez les fondamentaux de ce personnage. Elles concernent :
— Son type : rival, méchant ou grand méchant.
— Son objectif.
— Ses différences avec le protagoniste et les raisons de ces différences.
— Les éléments qui vont contraster votre antagoniste.
— Son plan pour réaliser son objectif.
— Les aspects du protagoniste qu’il challengera.

Voilà pour moi ! On se retrouve le mois prochain pour un nouvel article sur l’écriture de roman.
N’hésitez pas d’ici là à me dire si vous connaissez une méthode de création d’antagonistes !

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